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Scandale de trafic des visas au consulat d’Espagne à Alger

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Un scandale de trafic des visas secoue le consulat d’Espagne à Alger (Algérie), après l’ouverture d’une enquête judiciaire en Espagne. Selon des informations rapportées samedi 25 avril par le journal espagnol The Objective, un responsable consulaire a été arrêté dans le cadre d’une opération visant un réseau présumé de fraude.

D’après la même source, le vice-consul du consulat d’Espagne à Alger, Vicente Moreno, a été interpellé vendredi 24 avril, en même temps qu’une autre personne liée à cette affaire. Les deux mis en cause ont été arrêtés en Espagne. La Cour nationale espagnole a ordonné ces arrestations, visant notamment le numéro deux du consulat ainsi que « un autre suspect et une personne mise en examen au sein de la mission diplomatique ». L’une des personnes concernées est de nationalité algérienne.

Vicente Moreno occupait encore récemment les fonctions de vice-consul en tant que chancelier. L’enquête a été menée par l’Unidad de Delincuencia Económica y Fiscal (UDEF), une unité spécialisée de la Police nationale espagnole. Les investigations sont supervisées par le tribunal central d’instruction dirigé par María Tardón.

Les faits reprochés portent sur des soupçons de facilitation de délivrance de visas Schengen en contrepartie d’avantages financiers. Selon des sources policières citées par The Objective, les fonds auraient ensuite été blanchis en Espagne, notamment à travers l’achat de véhicules.

Cette opération, baptisée Jazira-Cova, s’inscrit dans un contexte marqué par une régularisation importante d’immigrés en Espagne. Elle a mobilisé plusieurs services, dont l’UDEF, l’Unité centrale des réseaux d’immigration illégale et de falsification de documents (UCRIF) et la Direction adjointe de surveillance douanière (DAVA).

L’affaire a retenu l’attention de l’Audience nationale et du parquet anticorruption. Les deux personnes arrêtées sont toujours en garde à vue dans l’attente de leur présentation devant la justice. Une troisième personne travaillant au consulat d’Espagne à Alger est également citée dans le dossier, sans avoir été interpellée. Il s’agirait, selon des sources diplomatiques citées, de l’épouse du vice-consul.

Lors de perquisitions effectuées à Sagunto, dans la province de Valence, et à Torrevieja, dans la province d’Alicante, les autorités ont saisi 10.890 euros en espèces, ainsi que du matériel informatique comprenant quatre téléphones portables, deux ordinateurs et 17 clés USB. Un bien immobilier situé à Madrid et plusieurs produits financiers ont aussi été gelés.

Dans le cadre de l’enquête, l’UDEF a demandé à la justice espagnole, via le ministère des Affaires étrangères, de préserver les dossiers administratifs et les échanges électroniques liés à l’attribution de visas « frauduleux ».

Selon The Objective, qui cite des sources du Bureau d’information diplomatique (OID), le ministère des Affaires étrangères espagnol avait déjà été informé de ces éléments et a ouvert une enquête interne. Des soupçons portant sur des signatures irrégulières auraient été signalés dès le mois de mars.

Le média indique également avoir consulté des courriels internes montrant que Vicente Moreno validait, à la mi-2022, un document officiel du consul, avant de refuser par la suite cette même procédure à d’autres agents.

Par ailleurs, une précédente controverse avait éclaté en novembre autour d’une possible délivrance irrégulière de visas. Des demandes auraient été rejetées au nom de la consule Miriam de Andrés alors qu’elle avait déjà été remplacée par Gauden Villas.

Dans un autre volet, plusieurs entrepreneurs espagnols ont adressé des courriers de protestation aux autorités à Madrid. Ils accusent la mission diplomatique de « saboter » les relations bilatérales en refusant de manière systématique des visas de travail à des ressortissants algériens.

Le consulat d’Espagne à Oran fait également l’objet d’une attention particulière. Une responsable des visas y a été relevée de ses fonctions par le ministère des Affaires étrangères.

Concernant la direction du consulat à Alger, Miriam de Andrés a quitté ses fonctions en septembre. Son successeur, Gauden Villas, n’a pas pu prendre ses fonctions immédiatement. Selon The Objective, il est resté plusieurs jours à Alger sans pouvoir exercer, en raison de l’absence d’exequatur délivré par les autorités algériennes.

L’enquête évoque aussi une possible utilisation irrégulière de signatures. Vicente Moreno aurait continué à utiliser le cachet de Miriam de Andrés après son départ, signant à sa place certains documents officiels, notamment pour refuser une demande de visa. Plusieurs documents consultés par le média montrent des différences entre les signatures attribuées à la consule et celles du chancelier.

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