La 77e session du Comité de liaison de la route transsaharienne (CLRT) s’est tenue lundi et mardi à Alger. A cette occasion, les États membres ont fait le point sur l’avancement du projet lancé il y a plus de six décennies. L’infrastructure est aujourd’hui réalisée à plus de 90%.
« Le réseau transsaharien ne se limite pas à l’axe Alger-Lagos, mais comprend également trois branches vers la Tunisie, le Mali et le Tchad, formant un maillage destiné à relier le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest », a expliqué le secrétaire général du CLRT, Mohamed Ould Mohammedi, lors de son passage ce mercredi 10 juin dans l’émission « L’invité du jour » de la chaîne 3 de la Radio algérienne.
Il a précisé que le réseau repose sur un axe principal Alger–Lagos via le Niger, complété par plusieurs liaisons régionales, notamment Hassi Messaoud–Gabès vers la Tunisie, Tamanrasset–Gao prolongée vers Bamako au Mali, ainsi que Zinder–N’Djamena au Tchad. L’axe principal est présenté comme « quasiment réalisé ». En Algérie, la route est opérationnelle jusqu’à Tamanrasset et In Guezzam, tandis que des travaux de maintenance sont en cours pour finaliser la partie sud.
Concernant la section passant par le Niger, le tronçon reliant la frontière algérienne à la frontière du Nigeria est globalement terminé. Il reste toutefois une portion entre le point kilométrique 0 et Assamaka, « en cours de travaux » et « très bien avancée », selon Mohamed Ould Mohammedi, avec une finalisation attendue cette année. Au Nigeria, les infrastructures sont déjà en place et comprennent certaines sections autoroutières.
Des situations différentes selon les branches
Les autres branches du réseau présentent des niveaux d’avancement inégaux. Selon le responsable du CLRT, la liaison vers la Tunisie est déjà fonctionnelle et le réseau tunisien, long de 699 kilomètres, est jugé en bon état. En revanche, sur l’axe vers Bamako au Mali, environ 400 kilomètres restent à réaliser. Le CLRT accompagne les autorités maliennes dans la recherche de financements.
Pour la branche reliant Zinder à N’Djamena au Tchad, les retards sont plus importants. Plusieurs contrats lancés depuis plusieurs années n’ont pas atteint les objectifs fixés. L’Algérie a, de son côté, exprimé son soutien à la réalisation de deux tronçons au Tchad, avec des équipes techniques déjà dépêchées sur le terrain.
Au-delà de l’infrastructure routière, les discussions ont porté sur l’idée de transformer la transsaharienne en corridor économique. Mohamed Ould Mohammedi a souligné que « la transsaharienne est réalisée à plus de 90% », ajoutant que « l’intérêt de cette infrastructure, c’est d’aller vers un corridor économique intégré. »
Il a aussi indiqué que la prochaine étape consiste à mettre en place un mécanisme permanent de concertation entre les différents secteurs concernés, comme les travaux publics, le commerce, le transport et la logistique. « Tous ces acteurs doivent se concerter », a-t-il insisté, en estimant que le CLRT constitue « le cadre idoine » pour cette coordination.
Gains logistiques et nouvelles connexions
Le responsable a également évoqué la dimension économique du projet. Selon lui, plusieurs pays enclavés membres du comité dépendent des ports du golfe de Guinée pour leurs échanges. L’accès aux ports algériens via le réseau transsaharien pourrait permettre de « économiser plus de deux semaines », ce qui représente un gain de temps et une réduction des coûts de transport. « Deux semaines, c’est de l’argent », a-t-il résumé.
Le CLRT met aussi en avant de nouvelles connexions régionales. La route Tindouf–Zouerate, longue de 840 kilomètres entre l’Algérie et la Mauritanie, doit ouvrir un accès vers le Sénégal et plus largement vers l’Afrique de l’Ouest. Reliée à l’autoroute Est-Ouest et au réseau transsaharien, elle est présentée comme un moyen de faciliter l’accès aux ports algériens et de diversifier les itinéraires commerciaux dans le Sahel.
Sur le plan technique, le comité affirme « disposer d’une base commune de normes et de compétences ». Composé d’experts des infrastructures et des travaux publics issus des États membres, dont une partie a été formée en Algérie, il considère que les mêmes règles d’ingénierie sont appliquées sur l’ensemble du réseau.
Les participants ont finalement retenu comme priorités l’achèvement des sections restantes, la maintenance des tronçons déjà ouverts et le passage vers une logique de corridor économique intégré. Comme l’a rappelé le secrétaire général du CLRT, « la route transsaharienne, conçue dans les années 1960 comme un grand axe de désenclavement continental, entre ainsi dans une nouvelle phase où la performance logistique, la coopération intersectorielle et l’accès aux marchés deviennent aussi importants que l’achèvement du bitume. »







