Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) a conclu, le 11 septembre 2026, ses consultations au titre de l’article IV avec l’Algérie. Dans son évaluation publiée lundi 21 septembre, l’institution relève une croissance toujours soutenue, mais souligne dans le même temps l’importance des déficits budgétaires et extérieurs, la progression attendue de la dette publique et la baisse des réserves internationales.
Selon les données du FMI, le produit intérieur brut (PIB) réel de l’Algérie a progressé de 3,9 % en 2025, après 3,7 % en 2024. Le Fonds prévoit une croissance de 3,8 % en 2026, avant un ralentissement à 3,1 % en 2027 et à 3 % en 2028 et 2029. Elle serait ensuite de 2,9 % en 2030 et 2031.
La croissance du secteur hors hydrocarbures devrait rester positive sur l’ensemble de la période. Elle est estimée à 4,3 % en 2025 et projetée à 4 % en 2026, puis à 3,6 % en 2027 et 3,3 % en 2028. Elle se situerait autour de 3 % au cours des années suivantes.
L’inflation repart à la hausse
La croissance enregistrée en 2025 s’est accompagnée d’une remontée de l’inflation. Le FMI rappelle que l’inflation globale est passée de -2 % en septembre 2025 à 5,2 % en avril 2026.
L’institution explique cette évolution notamment par la fin de la déflation des prix des produits alimentaires et par la forte progression des prix des bijoux dans le sillage de la hausse du cours de l’or.
Dans ses projections annuelles, le FMI table sur une inflation moyenne de 5,5 % en 2026, contre 1,4 % en 2025. Elle devrait ensuite revenir à 3,5 % en 2027 avant de se stabiliser autour de 3,8 % entre 2028 et 2031.
Un déficit budgétaire qui reste élevé
Sur le plan budgétaire, le déficit global de l’administration centrale devrait atteindre 9,6 % du PIB en 2026, après 10,5 % en 2025. Le FMI prévoit ensuite un déficit de 10,2 % en 2027, 10 % en 2028, puis 9 % en 2029, avant une légère réduction à 8,7 % en 2030 et 2031.
En 2025, la réduction du déficit avait notamment été favorisée par des versements exceptionnels de dividendes des entreprises publiques et de la Banque d’Algérie. Malgré cette amélioration, le déficit est resté élevé.
Le FMI estime que « les besoins de financement toujours importants ont résulté en une hausse de la dette publique et au recours au financement par la banque centrale ».
La dette brute de l’administration centrale, hors garanties, est évaluée à 52,1 % du PIB en 2025. Elle devrait continuer à progresser pour atteindre 53,2 % en 2026, 60,4 % en 2027, 66,4 % en 2028 et 71,2 % en 2029. Elle atteindrait 75,4 % en 2030 et 79 % en 2031.
Le financement par la banque centrale devrait également rester important à court terme. Il représenterait 5,5 % du PIB en 2026, après 3,7 % en 2025. Le FMI prévoit toutefois une diminution progressive de ce financement à partir de 2027.
Le déficit extérieur pèse sur les réserves
La situation du secteur extérieur constitue un autre point de préoccupation. Le solde des transactions courantes est passé de -1,1 % du PIB en 2024 à -8,9 % en 2025. Le FMI prévoit un déficit de 1,9 % du PIB en 2026, avant une nouvelle dégradation à -2,5 % en 2027 et -3,1 % en 2028.
Le déficit courant devrait ensuite rester à -2,6 % du PIB en 2029, -2,2 % en 2030 et -2 % en 2031.
Le Fonds explique la forte détérioration enregistrée en 2025 par l’augmentation des importations et la baisse des exportations d’hydrocarbures. Cette situation a entraîné une diminution des réserves internationales.
Les réserves officielles brutes sont ainsi passées de 68,9 milliards de dollars en 2024 à 51 milliards de dollars en 2025. Elles devraient continuer à diminuer pour atteindre 46,5 milliards de dollars en 2026, 41 milliards en 2027, 33,4 milliards en 2028 et 27,8 milliards en 2029. Le FMI les projette à 23,5 milliards de dollars en 2030 et 19,8 milliards en 2031.
En nombre de mois d’importations de biens et services de l’année suivante, la couverture des réserves passerait de 8,6 mois en 2025 à 8,1 mois en 2026, puis 7,2 mois en 2027 et 5,8 mois en 2028. Elle tomberait à 3,3 mois en 2031.
Les hydrocarbures restent déterminants
Les projections du FMI montrent également le rôle toujours important du secteur des hydrocarbures dans les perspectives économiques.
Après une progression de 1,3 % en 2025, le secteur devrait croître de 2,7 % en 2026. Une contraction de 0,8 % est toutefois prévue en 2027 et de 0,1 % en 2028, avant une reprise à partir de 2029.
Le prix unitaire à l’exportation du pétrole brut est estimé à 71,8 dollars le baril en 2031, contre 75,2 dollars en 2029 et 82,4 dollars en 2027 selon les projections du tableau du FMI.
« La hausse des prix des hydrocarbures devrait stimuler les exportations et les recettes budgétaires », souligne par ailleurs le Fonds.
Pour 2026, le FMI prévoit ainsi une croissance de 3,8 %, avec une amélioration du solde extérieur liée notamment à la hausse des prix des hydrocarbures et à la baisse attendue des importations.
Le FMI appelle à un rééquilibrage des politiques économiques
Pour le court terme, le Fonds estime que les perspectives restent favorables, tout en soulignant l’érosion des marges de manœuvre budgétaires et extérieures.
« Les perspectives à court terme demeurent globalement favorables, bien que l’érosion des marges de manœuvre budgétaires et extérieures pèse sur les perspectives économiques », indique le FMI.
À moyen terme, l’institution prévoit un ralentissement de la croissance et une poursuite de la hausse de la dette publique si les déficits restent élevés. Des déficits extérieurs persistants contribueraient également à réduire progressivement les réserves internationales.
Les administrateurs du FMI ont salué « la robustesse de la croissance en Algérie et les efforts de diversification, soutenus par une stratégie axée sur l’investissement public ».
Ils ont cependant relevé que les déficits budgétaires élevés avaient réduit les marges de manœuvre et accru les besoins de financement.
Ils ont souligné « la nécessité de rééquilibrer progressivement les politiques macroéconomiques et de poursuivre les réformes structurelles afin de reconstituer les marges de manœuvre, d’accroître la résilience, de soutenir la diversification et de promouvoir une croissance tirée par le secteur privé. »
Des recommandations sur les finances publiques
Sur le volet budgétaire, les administrateurs recommandent une consolidation progressive et crédible des finances publiques.
Les administrateurs ont recommandé « une consolidation fiscale progressive et crédible, notant que les déficits budgétaires élevés posent des risques significatifs pour la viabilité des finances publiques. »
Le FMI considère que la hausse des cours des hydrocarbures offre une possibilité de reconstituer les marges budgétaires. Il recommande aussi de renforcer la mobilisation des recettes hors hydrocarbures, d’améliorer l’efficacité de l’investissement public et de rationaliser les dépenses.
L’institution préconise notamment une réforme progressive des subventions énergétiques, accompagnée d’un soutien ciblé aux ménages vulnérables.
Une politique monétaire davantage axée sur l’inflation
Le FMI estime que la politique monétaire devra être resserrée si les pressions inflationnistes s’intensifient.
Les administrateurs recommandent notamment de faire d’une faible inflation « le point d’ancrage nominal clair », d’améliorer la transmission de la politique monétaire et de renforcer l’indépendance opérationnelle de la Banque d’Algérie.
Ils recommandent également de limiter le financement monétaire à des « circonstances exceptionnelles ».
Concernant le taux de change, le Fonds estime qu’une plus grande flexibilité permettrait à l’économie algérienne de mieux absorber les chocs extérieurs et contribuerait à réduire la prime de change observée sur le marché parallèle.
Banques et diversification économique
Le conseil d’administration a également relevé les efforts de l’Algérie en matière de stabilité et d’inclusion financières. Le FMI note que les banques demeurent liquides, rentables et bien capitalisées.
Il appelle toutefois à poursuivre les réformes destinées à contenir les risques liés au niveau des prêts non performants et aux liens financiers entre l’État, les entreprises publiques et les banques publiques.
Les administrateurs ont par ailleurs « félicité les autorités pour le retrait rapide de l’Algérie de la liste du GAFI des juridictions faisant l’objet d’une surveillance renforcée ».
Ils les encouragent à poursuivre la mise en œuvre du cadre de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et à donner suite aux recommandations encore en suspens du Programme d’évaluation du secteur financier.
Sur la diversification, le FMI estime que des réformes restent nécessaires pour favoriser une croissance davantage portée par le secteur privé. Parmi les priorités figurent l’amélioration du climat des affaires, la réduction des obstacles réglementaires et de l’informalité, ainsi que le renforcement de la gouvernance et de la transparence.
Le Fonds souligne également l’importance de renforcer la résilience face au changement climatique et de développer les liens commerciaux et énergétiques avec l’Europe et l’Afrique.
Enfin, les administrateurs appellent à améliorer la couverture, la rapidité de diffusion et la qualité des statistiques économiques afin de mieux éclairer l’élaboration des politiques publiques.
Les prochaines consultations du FMI avec l’Algérie au titre de l’article IV devraient se dérouler selon le cycle normal de 12 mois.







