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Algérie : les exportations françaises ont chuté de 12 % en 2025

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Les échanges économiques entre l’Algérie et la France ont été affectés par les tensions diplomatiques qui ont marqué les relations entre les deux pays depuis près de deux ans. Selon des données rapportées dimanche 10 mai par le quotidien français Les Echos, les exportations françaises vers l’Algérie ont reculé de 12 % en 2025 par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 4,2 milliards d’euros. En 2024, les exportations françaises vers l’Algérie ont atteint 4,8 milliards d’euros (+6,6 % par rapport à 2023).

Le secteur agricole figure parmi les plus touchés. Les ventes françaises de produits agricoles vers l’Algérie ont chuté de 62 % entre juillet 2024 et juin 2025, d’après les chiffres de FranceAgriMer, repris par la même source. Un an auparavant, l’Algérie représentait encore le deuxième marché africain des céréales françaises. Depuis, les difficultés se poursuivent.

Selon le média français, « les relations économiques entre les deux pays ont souffert de la brouille diplomatique ». Les relations entre Alger et Paris s’étaient fortement dégradées après l’annonce, en juillet 2024, du soutien de la France au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

La crise diplomatique s’était ensuite aggravée en avril 2025 avec le rappel pour consultations de l’ambassadeur français en Algérie, Stéphane Romatet, après les expulsions réciproques de diplomates entre les deux pays. Le diplomate français a regagné Alger la semaine dernière, tandis qu’un nouvel ambassadeur algérien à Paris doit encore être nommé.

Environ 10 % des 6.000 PME françaises exportant vers l’Algérie n’ont pas survécu à la crise

Le journal français a évoqué « des restrictions officieuses sur les importations d’origine française ». A ce propos, Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française, a indiqué : « Même s’il n’y a pas eu d’instructions écrites de la part du gouvernement algérien, à la différence du gel complet des échanges avec l’Espagne de 2022 à 2024, beaucoup d’entreprises se sont retrouvées entravées dans leurs démarches pour exporter vers le pays ». « Les grandes entreprises ont su s’adapter, mais environ 10 % des quelque 6.000 PME françaises exportant vers l’Algérie n’ont pas survécu », a-t-il précisé, cité par la même source.

Malgré cette situation, la France demeure le deuxième fournisseur de l’Algérie derrière la Chine et reste également parmi les principaux investisseurs étrangers présents sur le marché algérien. Pour plusieurs observateurs, les conséquences de la crise diplomatique ont aussi touché les projets futurs de coopération économique. « Les projets de coopération à venir ont toutefois été affectés par la crise. Les entreprises françaises ont perdu des parts de marché dans les projets d’infrastructures face à leurs concurrentes italiennes, turques ou espagnoles », a expliqué Brahim Oumansour, directeur de l’Observatoire du Maghreb à l’Iris.

Les milieux d’affaires espèrent désormais une amélioration du climat politique afin de poursuivre leurs activités dans de meilleures conditions. Début mai, le président du Medef, Patrick Martin, avait déclaré à RFI après une visite à Alger : « Il y a un certain nombre de sujets sur lesquels il y a des interférences étatiques ; on souhaite évidemment qu’elles se règlent ». Il avait également affirmé : « Autant je crois à la diplomatie économique, autant je suis convaincu que chacun doit rester à sa place. »

Dégel diplomatique

Sur le plan politique, les autorités algériennes et françaises affichent désormais leur volonté de relancer le dialogue, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense et des questions migratoires, après près de deux années de tensions. Le déplacement vendredi 8 mai à Alger de Alice Rufo, accompagné de l’ambassadeur Stéphane Romatet, qui a regagné son poste à Alger, s’inscrit dans cette dynamique. À l’issue de sa rencontre avec le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, la responsable française a évoqué une volonté de reprise des relations bilatérales.

« Le président Macron m’avait chargée d’exprimer sa détermination à trouver ensemble les voies et moyens de réengager entre nos deux pays une relation respectueuse, d’égal à égal, apaisée et confiante », a déclaré Alice Rufo. « Nous avons discuté de pistes concrètes pour que les mois à venir soient utiles aux intérêts et aux relations entre l’Algérie et la France », a-t-elle ajouté. Parmi les dossiers évoqués figurent la reprise des travaux de la commission mixte d’historiens sur la mémoire de la colonisation française ainsi que la relance de la coopération sécuritaire, militaire et migratoire entre les deux pays.

En visite dimanche au Kenya, le président français Emmanuel Macron a salué ce déplacement et les échanges qui ont suivi. Il a également plaidé pour « une relation apaisée, constructive avec l’Algérie ». Tout en appelant à dépasser les tensions récentes, le chef d’Etat français a aussi regretté les difficultés enregistrées ces derniers mois entre les deux pays. « J’espère donc que c’est le début d’une progression-on a déjà eu des premiers signaux- et d’une reprise qui se fera dans le respect des deux côtés, dans l’estime et dans la volonté de servir nos peuples », a-t-il indiqué.

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