Le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) a mis au point un pilote semi-industriel capable de transformer des huiles alimentaires usagées en biodiesel. Le dispositif peut traiter jusqu’à 150 litres d’huile par cycle et produire environ 140 litres de carburant renouvelable.
Le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) a présenté, dans son Bulletin des énergies renouvelables n°61 publié vendredi 7 août 2026, les résultats de ses travaux sur la valorisation des huiles alimentaires usagées. L’équipe de recherche « Production et Valorisation de Bioalcool et Biodiesel » (PVBB) a développé un pilote semi-industriel destiné à transformer ces déchets en biodiesel.
« Une innovation développée au CDER qui transforme les huiles de cuisson usagées en carburant renouvelable et contribue au développement de l’économie circulaire en Algérie », est-il indiqué dans le document.
L’objectif est de donner une nouvelle utilisation à une ressource qui est encore largement rejetée dans les réseaux d’assainissement. Ces huiles peuvent contribuer à l’obstruction des canalisations et à la pollution de l’eau lorsqu’elles ne sont pas collectées et traitées.
Le CDER estime ainsi que leur valorisation peut répondre à la fois à des enjeux liés à la gestion des déchets et à la production de carburants renouvelables.
Un gisement encore peu exploité
Selon les données de l’Agence nationale des déchets (AND) citées par le CDER, le gisement national d’huiles alimentaires usagées était estimé à 450 519 m³ par an en 2018. Ce volume pourrait augmenter avec la croissance de la population et le développement de la restauration.
Ces huiles, classées comme déchets spéciaux sous le code 20.1.8, constituent une matière première pouvant être utilisée dans la fabrication du biodiesel.
Le pilote développé par les chercheurs du CDER peut traiter jusqu’à 150 litres d’huile de cuisson usagée par cycle. Le procédé repose sur la transestérification, une réaction chimique au cours de laquelle l’huile est mise en contact avec un alcool et un catalyseur, sous agitation et à température contrôlée.
Cette réaction permet d’obtenir des esters d’acides gras, qui constituent le biodiesel, ainsi que du glycérol.
Plus de 90 % de rendement
Les premiers essais effectués sur le pilote ont permis d’obtenir un rendement de conversion supérieur à 90 % dans certaines conditions opératoires.
Selon les données communiquées par le CDER, un cycle permet de traiter 150 litres d’huile et de produire environ 140 litres de biodiesel, ainsi qu’environ 15 litres de glycérol brut.
Le carburant obtenu peut être destiné à différents usages, notamment au transport, aux engins agricoles et aux groupes électrogènes. Il peut être utilisé dans les moteurs diesel conventionnels, seul ou mélangé au gazole, après les étapes de séparation et de purification.
Pour les chercheurs, le pilote doit également permettre de poursuivre les essais et d’optimiser les conditions de production. La qualité du biodiesel fait notamment partie des paramètres étudiés, avec l’objectif de rapprocher le procédé des exigences applicables aux biocarburants.
Le bioéthanol également étudié
Les travaux du CDER portent aussi sur l’utilisation de différents alcools pour la production de biodiesel. Le méthanol est couramment utilisé dans ce procédé, mais il est généralement issu de ressources fossiles.
L’équipe PVBB étudie donc également la possibilité de recourir au bioéthanol produit à partir de biomasse renouvelable. Cette option pourrait renforcer la part renouvelable du carburant et réduire l’empreinte carbone du procédé.
Le recours à cet alcool s’inscrit dans la recherche de solutions permettant de développer une production de biodiesel davantage fondée sur des ressources renouvelables et disponibles localement.
Le glycérol, un coproduit à valoriser
La production de biodiesel génère également du glycérol. Le CDER indique qu’environ 10 % du volume obtenu correspond à ce coproduit.
Le glycérol peut trouver des débouchés dans plusieurs secteurs, notamment la cosmétique, la pharmacie, la chimie et la fabrication de détergents. Sa valorisation constitue donc un autre volet du développement de cette technologie.
Le traitement de ce coproduit pourrait ainsi contribuer à améliorer l’utilisation des matières issues du processus de production et à renforcer l’intérêt économique de la filière.
Vers une filière nationale
Pour le CDER, le développement du pilote constitue également un moyen de tester le procédé dans des conditions proches d’une exploitation industrielle. Les résultats obtenus doivent servir à préparer de futures unités de production adaptées aux besoins et aux ressources disponibles dans les différentes régions du pays.
La cartographie du gisement national réalisée par l’AND permet, dans ce contexte, d’identifier les zones disposant d’un potentiel important en huiles alimentaires usagées. Elle pourrait notamment servir à orienter les futures opérations de collecte et l’implantation d’unités de valorisation.
À moyen terme, le CDER vise le développement d’une chaîne couvrant plusieurs étapes, de la collecte des huiles usagées jusqu’à leur transformation et à l’utilisation du biodiesel dans différents secteurs.
Les travaux doivent notamment porter sur l’optimisation du procédé, la valorisation du glycérol et le développement de partenariats avec les collectivités et les opérateurs économiques.
« La valorisation des huiles alimentaires usagées démontre qu’un déchet peut devenir une ressource stratégique au service de la transition énergétique », souligne le CDER.
Le projet s’inscrit ainsi dans une approche d’économie circulaire, en associant la gestion d’un déchet, sa transformation en carburant et la valorisation d’un coproduit.
Le CDER considère enfin que cette technologie pourrait contribuer à réduire les rejets d’huiles usagées dans l’environnement, tout en développant une ressource énergétique produite localement.







