Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a abordé plusieurs dossiers économiques, sociaux et politiques lors de son entrevue périodique avec des représentants des médias nationaux, diffusé lundi soir sur les chaînes de télévision et de radio nationales. Il y a notamment évoqué les salaires, les retraites, les incendies de forêt, la modernisation de l’administration, les projets économiques ainsi que les perspectives agricoles.
Le chef de l’État a réaffirmé son engagement à poursuivre la revalorisation des salaires et des pensions de retraite et du salaire national minimum garanti (SNMG). Il a rappelé que le SNMG avait déjà été relevé à deux reprises, estimant qu’il avait atteint un niveau « acceptable », tout en annonçant qu’une nouvelle augmentation était prévue.
Le président Tebboune a expliqué que ces augmentations seraient appliquées progressivement afin de préserver les équilibres économiques. Elles devront être réalisées « sans provoquer une hausse de la masse monétaire susceptible d’alimenter l’inflation ». Selon lui, l’objectif est de « maîtriser l’injection d’argent dans l’économie nationale afin de produire des effets positifs sur la croissance et le pouvoir d’achat. Je m’engage à le faire à partir de 2027 ».
Il a également rappelé plusieurs mesures sociales engagées depuis 2019, parmi lesquelles l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les salaires ne dépassant pas 30.000 DA, une hausse de 47 % des salaires et deux revalorisations des pensions de retraite.
Par ailleurs, le président Tebboune a indiqué que les autorités « poursuivent la lutte contre l’argent sale, tout en œuvrant à l’amélioration progressive des revenus des citoyens ».
Concernant d’autres revendications sociales, il a cité la revalorisation des bourses universitaires, précisant que leur mise en œuvre « dépendrait de l’amélioration des performances économiques ». Il a estimé que le développement de la production nationale et la baisse des importations de produits stratégiques « permettraient d’accroître les revenus de l’Etat, lesquels devraient ensuite se répercuter sur le revenu des citoyens ».
Incendies
Le président Tebboune est revenu sur les incendies de forêt ayant touché plusieurs régions du pays. Il a salué la mobilisation des services de secours ainsi que la solidarité manifestée par les citoyens. « Nous sommes mobilisés H24. Les Algériens ont vu ce que les éléments de la Protection civile sont en train de faire avec l’Armée nationale populaire, les Gardes forestiers, Sonelgaz et avec notre jeunesse », a-t-il déclaré, rendant également hommage à une jeunesse dont « le patriotisme aigu et l’esprit de volontariat étonnent de plus en plus le monde ».
Selon lui, ces incendies s’inscrivent dans un contexte de « changement climatique certain ». Il a rappelé que l’Algérie « n’est pas isolée dans cette épreuve », évoquant les feux observés au Canada et dans plusieurs régions du bassin méditerranéen. Il a aussi fait état de températures « anormales » ayant atteint 47 degrés à Alger et Annaba et jusqu’à 50 degrés à Tizi-Ouzou. « Nous ne sommes pas habitués à ces températures-là. Il y a un dôme qui s’est installé, ça fait partie des variations négatives du climat », a-t-il expliqué.
Le président Tebboune a annoncé que des « mesures concrètes » seront prises afin de reconnaître les efforts des intervenants mobilisés sur le terrain. Il a rappelé que « les félicitations ne suffisent pas » et que « l’engagement pour le pays sera dûment valorisé ». Il a également mis en avant le travail des agents de Sonelgaz qui interviennent pour rétablir l’alimentation électrique malgré les risques liés aux incendies.
Sur les moyens mobilisés, il a rappelé qu’en 2021, l’Algérie ne disposait que de deux hélicoptères dédiés à cette mission. Aujourd’hui, le dispositif comprend douze hélicoptères répartis entre l’Armée nationale populaire et la Protection civile, ainsi que six avions bombardiers d’eau de Tassili.
« Aujourd’hui, nous avons fait face à cette situation avec 24 avions et hélicoptères », a-t-il indiqué, précisant que de nouvelles acquisitions étaient prévues, notamment des C-130 pouvant être adaptés à la lutte contre les incendies et d’autres appareils provenant d’Espagne.
Le chef de l’État a enfin souligné l’importance du « Plan Orsec » dans chaque wilaya et estimé qu’après la saison estivale.« Une fois cette période estivale éprouvante passée, il faudra porter un autre regard sur l’organisation de la lutte contre les conséquences des catastrophes », qu’il s’agisse des incendies, des inondations ou des séismes.
Il a annoncé avoir ordonné une enquête « très approfondie » sur l’incendie ayant touché récemment l’établissement de l’enfance assistée de Mohammadia, à Alger. Il a indiqué avoir chargé les services de sécurité d’identifier les responsabilités à tous les niveaux, rappelant que « les défaillances se paient ». « L’enquête est en cours et je ne laisserai rien passer », a-t-il affirmé. Le président Tebboune a qualifié ce drame de « très pénible » et a indiqué qu’il prendrait personnellement en charge le suivi médical d’une jeune survivante afin qu’elle bénéficie de soins spécialisés.
Dialogue politique
Sur le plan politique, il a confirmé son intention d’ouvrir un dialogue avec les formations politiques répondant aux exigences prévues par la législation. « Je m’engage à lancer un dialogue avec les partis ayant tenu leurs congrès et remplissant toutes les conditions prévues par la loi sur les partis politiques, et ce lors de la prochaine rentrée sociale », a-t-il déclaré.
Interrogé sur les élections législatives du 2 juillet 2026, il a assuré que les chiffres du scrutin étaient « réels », estimant que le taux de participation de 21,24 % « ne diminue en rien la valeur de l’Assemblée populaire nationale en tant qu’institution constitutionnelle ».
Le président Tebboune a également mis en avant le renouvellement de la composition de l’Assemblée, marquée par une présence de jeunes supérieure à 30 % et un taux d’universitaires dépassant 70 %. Selon lui, ces résultats traduisent son engagement à « former une nouvelle génération politisée et à lui donner l’opportunité de faire ses preuves dans le domaine politique ». Il s’est dit « très optimiste quant à l’avenir du pays », ajoutant que l’Algérie « est sur la bonne voie ». Il a rappelé que « la stabilité du pays prime sur toute chose et se construit par la majorité » et que « l’édification des institutions doit reposer sur des bases solides ».
Concernant la prochaine équipe gouvernementale, Abdelmadjid Tebboune a déclaré : « Je respecte la Constitution ». Il a précisé que le futur gouvernement sera « conforme à ce que prévoit la Constitution » et que « cette question ne relève pas de l’appartenance politique, mais de la compétence ». Selon lui, les futurs ministres devront réunir « la compétence, le réalisme et le pragmatisme dans la gestion, d’être proche du citoyen et de répondre à ses préoccupations ». Il a ajouté que « les diplômes ne suffisent pas » et que la nouvelle équipe comprendra des jeunes ainsi que des femmes.
Le président a également mis en avant les progrès réalisés dans la numérisation de l’administration. Il a estimé que cette évolution permet désormais à l’Algérie de répondre davantage aux attentes de la jeunesse. Il a rappelé que les jeunes étaient auparavant « outrés lorsqu’ils voyageaient à l’étranger et découvraient, à leur retour, des pratiques administratives dépassée », avant d’ajouter : « tout cela, c’est fini« .
Abdelmadjid Tebboune s’est déclaré « plus que convaincu » du succès du portail national des services numériques Dzair Digital Services. Il a estimé que la numérisation renforcera l’efficacité de l’action publique dans les domaines économique, sécuritaire et administratif.
Évoquant la création du Data Center national, il a reconnu que ce projet « n’a pas été facile ». Il a salué le travail de la ministre chargée du secteur en déclarant : « Cette dame, qui est ingénieure, a été malmenée par beaucoup de gens, sabotée pour l’écarter. Elle n’a pas été aidée, et je l’ai soutenue pour qu’elle tienne« .
Le chef de l’État a renouvelé son appel aux compétences algériennes établies à l’étranger afin qu’elles participent au développement du pays. Il a indiqué que l’accès aux responsabilités publiques « demeure ouvert à toute compétence nationale répondant aux critères d’expérience et d’efficacité, sans distinction de lieu de résidence ».
Évoquant les scientifiques et spécialistes algériens installés à l’étranger, il a estimé : « Leur apport est essentiel pour nous faire gagner du temps. Une expérience acquise en 20 ans à l’étranger peut être transmise à l’Algérie en 3 ou 4 ans ». Il a rappelé la création du Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, qu’il considère comme « un réservoir de compétences ». Il a invité les experts, notamment dans le secteur médical, à investir en Algérie à travers des cliniques spécialisées ou des universités privées.
Selon lui, l’État « facilitera l’octroi de terrains et de prêts bancaires au profit de ces projets d’excellence ». Il a ajouté : « Le moment est venu de lever les complexes et d’ouvrir grand les portes à nos compétences ». Il s’est dit « convaincu » que « dans cinq ans, l’Algérie ne sera plus la même qu’aujourd’hui », en évoquant les progrès réalisés dans l’intelligence artificielle et le développement des startups.
Agriculture, industrie et grands projets
Le président a indiqué que l’Algérie s’oriente vers l’autosuffisance en blé dur au cours de la campagne agricole actuelle. Il a estimé que ce résultat relevait du « miracle », en soulignant l’amélioration des techniques agricoles et les conditions climatiques favorables. Outre la réduction de la facture des importations de blé dur de plus de 1,5 milliard de dollars, l’atteinte de l’autosuffisance consacre « la fierté nationale » et traduit les efforts de l’Algérie visant à parvenir à la souveraineté alimentaire, a-t-il dit.
Revenant sur les progrès du secteur agricole, il a déclaré : « Nous importions des oignons, de l’ail et des pommes de terre il y a dix ans », estimant que ces résultats sont liés à « un environnement économique favorable ayant réuni les conditions de la réussite, notamment à travers le raccordement au réseau électrique ». Selon lui, plusieurs filières agricoles se dirigent vers l’autosuffisance, à l’exception de celle des viandes qui « souffre encore de la spéculation », un phénomène auquel l’État entend faire face.
Le président Tebboune a également rappelé que le pays avait atteint l’autosuffisance en carburants dès 2022 et qu’il avait commencé à exporter de l’essence et du kérosène. Il a indiqué que ces exportations augmenteront avec la mise en service de la raffinerie de Hassi Messaoud.
Concernant l’industrie, il a estimé que plusieurs branches, notamment l’électroménager et les équipements électriques, développent leurs capacités de production et d’exportation. Il a également indiqué que les membres du Conseil du renouveau économique algérien (CREA) visent un objectif d’environ 30 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures à l’horizon 2029-2030.
Abordant les mégas projets économiques structurants, le président Tebboune a souligné l’importance du projet de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset, qui passe désormais à la « vitesse supérieure dans l’exécution », rappelant les avantages de ce projet, notamment en matière de facilitation des déplacements, de réduction du coût du transport des marchandises, de redéploiement de la population, d’amélioration de l’aménagement urbain et d’exploitation des ressources disponibles dans les régions éloignées. La réception du projet est prévue en 2028, selon le président Tebboune, qui a expliqué que cette ligne permettra à l’Algérie de conforter son rôle pionnier dans la réalisation de l’intégration africaine.
S’agissant de la stratégie de l’Algérie pour assurer sa sécurité hydrique, le chef de l’Etat a indiqué que celle-ci se poursuit afin de garantir l’approvisionnement en eau potable et de faire face à la baisse des précipitations, à travers l’accélération du programme de réalisation des stations de dessalement d’eau de mer le long du littoral, ce qui permettra à l’Algérie de devenir un pays leader à l’échelle mondiale en la matière, avec un taux de couverture de 62 % de la consommation à l’horizon 2029.
Concernant les efforts déployés pour améliorer le climat des affaires en Algérie, il a mis en avant le rôle important du « Guichet unique », qui permet aux porteurs de projets d’investissement de gagner du temps et d’éviter les procédures bureaucratiques, insistant sur la nécessité pour le secteur bancaire de s’adapter aux mutations en cours.
Dans le même contexte, il a estimé que le retrait de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) constituait un « acquis important » et est le fruit d’efforts considérables déployés à plusieurs niveaux, ce qui est à même d’attirer de nouveaux investissements, de renforcer la confiance des investisseurs et de garantir la transparence des transactions.
S’agissant des démarches visant à préserver le pouvoir d’achat, le président Tebboune a affirmé que les mesures prises, notamment liées à la protection et à l’encouragement du produit national ainsi qu’à l’orientation vers les exportations hors hydrocarbures, ont permis une meilleure maîtrise des taux d’inflation, qui ont baissé de manière « considérable » pour atteindre 2% en 2026, après avoir dépassé les 11% au cours des années précédentes.







