Tazegzawt, ou « la bleue de Kabylie », est une race ovine locale d’exception originaire des zones montagneuses de Tizi-Ouzou et Béjaia presque oubliée qui fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt grandissant de la part de la communauté scientifique et des éleveurs, en raison de sa rentabilité économique remarquable et de sa robustesse face aux aléas climatiques et sanitaires.
Jadis très réputée chez les éleveurs de la région, cette race comptait environ 3.500 têtes en 2018 et aujourd’hui, elle suscite l’intérêt des éleveurs et des scientifiques, car elle représente un important avantage pour la biodiversité et l’économie pastorale du pays, a indiqué à l’APS Nassima Benahmed, chercheuse à l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA).
La Tazgzawt tire son nom de la couleur bleue caractéristique de sa langue.
Morphologiquement, ce mouton de grand gabarit se distingue par des taches noires à reflet bleuâtre autour des yeux, sur le chanfrein, les articulations des pattes, les oreilles et au-dessus des sabots, ainsi que par ses larges oreilles tombantes.
La sortie de l’anonymat de cette race a été rendue possible grâce à un certain Mouhous Madani de la région de Seddouk (Béjaia) qui a pratiqué son élevage durant les années 1980, a souligné Mme Benahmed, co-auteur, avec Boussad Belkheir, d’un travail de recherche sur Tazgzawt.
L’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie a réalisé un projet national de recherche et de conservation à la station d’Oued Ghir (Béjaia) sur un noyau de 12 brebis et de deux béliers pour l’identification et la caractérisation de cette race.
Selon les résultats de cette étude, la race présente des aptitudes économiques exceptionnelles pour les éleveurs de montagne. Il s’agit notamment d’une prolificité record: la brebis donne régulièrement naissance à des portées de deux à quatre agneaux et peut assurer deux mises basses par an.
La race se caractérise aussi par une double aptitude (viande et lait).
L’étude a révélé qu’en plus de ses qualités bouchères, la brebis produit un volume de lait remarquable, avec un pic journalier moyen estimé à plus d’un litre au 30e jour d’allaitement. Ce lait, très concentré, s’avère idéal pour la transformation fromagère, relève l’étude.
Des spécialistes ont toutefois souligné l’importance de préserver la pureté du patrimoine génétique de cette race. « Le principal obstacle à l’expansion de ce cheptel réside dans la gestion de sa diversité génétique », relève-t-on dans une étude menée conjointement par six chercheurs de l’INRAA et des universités de Guelma et Blida.
Aussi, les experts préconisent un renouvellement strict et méthodique des mâles reproducteurs au sein des élevages, ainsi que le déploiement urgent de la cryoconservation (congélation de la semence).
Ces mesures techniques s’avèrent indispensables pour préserver durablement ce patrimoine génétique national unique, hautement stratégique pour la sécurité alimentaire et l’économie des régions de haute altitude.
APS






