Les cours du pétrole remontent fortement et s’affichent au-delà des 100 dollars lundi, juste avant le début d’un blocus des ports iraniens annoncé par les États-Unis. Cette décision intervient après l’échec de discussions entre Washington et Téhéran, tenues au Pakistan.
Selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, l’opération devait débuter à 14H00 GMT. Du côté iranien, les autorités ont dénoncé une mesure « illégal » et assimilée à un acte de piraterie. Elles ont également averti qu’aucun port du Golfe ne serait épargné si leurs installations étaient ciblées.
Pour les analystes, les conséquences pourraient se concentrer sur les exportations de pétrole de l’Iran. « Comme la plupart des navires sont déjà bloqués, la mesure affectera principalement les exportations de pétrole iranien, qui se sont poursuivies en grande partie » pendant la guerre, explique Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management. Ces exportations représentent en moyenne « 1,5 à 2 millions de barils par jour » depuis le début du conflit, un volume susceptible d’être affecté par la situation actuelle.
Sur les marchés, les cours ont nettement progressé en début de journée. Vers 09H30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juin, s’échangeait à 102,79 dollars, en hausse de 7,97%. Le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en mai, atteignait 104,68 dollars, soit une progression de 8,40%.
Les tensions ne se limitent pas aux contrats à terme. « Les tensions réelles se manifestent sur les marchés au comptant, où les raffineurs se disputent les livraisons immédiates », observe Tobias Keller, stratégiste chez UniCredit, évoquant un « décalage sans précédent » entre « les indices financiers et le prix du brut disponible aujourd’hui ». Cette situation se traduit notamment par une inversion inhabituelle entre certains contrats, signe d’inquiétudes sur l’approvisionnement immédiat.
Des zones d’incertitude persistent, notamment sur la réaction de certains pays importateurs. Arne Lohmann Rasmussen souligne ainsi des interrogations sur « comment la Chine réagira si les États-Unis commencent à monter à bord de navires chinois transportant du pétrole iranien dans les eaux internationales ». La Chine reste en effet le principal acheteur du brut iranien.
Parallèlement, le marché du gaz en Europe connaît lui aussi une hausse. Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme référence, progressait à 47,65 euros, porté par une demande accrue. « La concurrence entre l’Asie et l’Europe s’intensifie » pour les achats de gaz naturel liquéfié (GNL).
Sur le plan diplomatique, la France et le Royaume-Uni envisagent une initiative conjointe. Le président Emmanuel Macron a annoncé l’organisation prochaine d’une réunion avec des pays volontaires pour contribuer à « une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation » dans le détroit d’Ormuz. Il a précisé que « cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra ».
Le chef de l’État français, qui s’est entretenu avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, n’a pas commenté directement la décision américaine de mettre en place un « blocus » naval. De son côté, Londres a indiqué ne pas soutenir cette initiative.
Dans un message publié sur X, Emmanuel Macron a appelé à ne ménager « aucun effort » pour « parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie ». Il a insisté sur la nécessité de traiter l’ensemble des questions en suspens, notamment celles liées aux activités de l’Iran et à la sécurité régionale, tout en rétablissant la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz et en favorisant un retour à la stabilité au Liban.
La Turquie a également réagi. Son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a plaidé pour une reprise rapide des discussions et la réouverture du détroit. « Ce que nous disons, c’est que les négociations nécessaires avec l’Iran doivent être menées, qu’il faut faire montre de persuasion et que le détroit doit être rouvert au plus vite« , a-t-il déclaré lors d’une intervention relayée par l’agence Anadolu.






