Dans une publication mise en ligne mardi 3 novembre, le Fonds monétaire international (FMI) relève les progrès réalisés par l’Algérie dans le développement des activités hors hydrocarbures. Il estime toutefois que la poursuite de cette dynamique passe par un secteur privé plus compétitif, une meilleure sélection des projets d’investissement et un renforcement des finances publiques. L’objectif est de réduire la dépendance aux hydrocarbures et de soutenir durablement la croissance, les exportations et l’emploi.
« L’Algérie progresse dans la diversification de son économie hors pétrole et gaz, mais pour maintenir cet élan, elle devra renforcer le secteur privé, consolider les finances publiques et améliorer la gestion des investissements », résume l’institution internationale.
« L’Algérie, qui compte parmi les principaux exportateurs d’énergie d’Afrique, entretient des liens étroits avec les marchés énergétiques européens. Les hydrocarbures représentent depuis longtemps l’essentiel de ses exportations et une grande partie de ses recettes publiques, et ont contribué à financer les infrastructures, le développement des compétences et d’autres investissements prioritaires », rappelle le fonds, qui estime que « l’opportunité se présente de tirer parti de ces atouts et de créer de nouvelles sources de croissance qui renforceront la résilience de l’économie, comme l’a souligné le FMI dans sa récente évaluation de l’économie algérienne au titre de l’article IV. »
Le FMI souligne que « la stratégie économique des autorités repose sur de grands projets d’investissement ainsi que sur la production et les exportations hors hydrocarbures », et que « ces projets couvrent notamment le secteur minier, la sécurité alimentaire et hydrique, ainsi qu’une modernisation à grande échelle des infrastructures de transport et d’échanges commerciaux. » Il souligne également que « pour en faciliter la mise en œuvre, les autorités ont simplifié les procédures, renforcé la gouvernance et facilité les échanges commerciaux, notamment grâce à de récentes réformes dans les domaines de l’investissement, du foncier et du secteur minier, ainsi qu’à la mise en place d’un guichet unique numérique pour l’investissement, afin d’aider les entreprises à investir, à se développer et à gagner en compétitivité. »
« la hausse des investissements a contribué à l’augmentation de la demande d’importations et accentué les pressions budgétaires et extérieures »
« Des signes encourageants montrent que ces efforts commencent à porter leurs fruits. La part du secteur hors hydrocarbures dans le PIB réel et dans les exportations de biens a augmenté progressivement, et les recettes d’exportation hors hydrocarbures ont progressé au cours de la dernière décennie », note le fonds, qui relève en même temps que « les hydrocarbures continuent néanmoins de dominer les exportations, et le reste de celles-ci se concentre sur quelques produits. » « La base d’exportation s’élargit, mais lentement », inidique-t-il.
« Les grands projets peuvent accroître les capacités productives, améliorer la connectivité et créer de nouvelles opportunités », estime le FMI, notant que ces projets « nécessitent aussi des financements importants. » « Ces dernières années, la hausse des investissements a contribué à l’augmentation de la demande d’importations et accentué les pressions budgétaires et extérieures », relève l’institution, avant de recommander : « Afin de tirer le meilleur parti de ces projets, une planification, une hiérarchisation et une mise en œuvre rigoureuses seront nécessaires. »
« Le choix des projets revêt donc autant d’importance que le montant des dépenses. Orienter les fonds vers les projets les plus porteurs sur le plan économique permettrait d’obtenir des gains plus solides et plus durables, et contribuerait à préserver la capacité de financer les projets prioritaires », préconise le FMI, et d’expliquer : « La pleine réalisation des bénéfices des investissements réalisés aujourd’hui dépendra de leur capacité à accroître la productivité, à créer des emplois et à favoriser le développement d’un secteur privé plus dynamique. »
« Un secteur privé plus compétitif permettrait d’accroître les exportations »
« L’investissement public peut jeter les bases d’un secteur privé dynamique, dont le rôle est essentiel. Un secteur privé plus compétitif permettrait d’accroître les exportations, y compris dans des activités moins intensives en carbone, et renforcerait la résilience à mesure que la demande mondiale se tourne vers des produits à plus faible intensité carbone. Afin de gagner en compétitivité, les entreprises algériennes ont besoin d’infrastructures efficaces, d’un accès au financement, de compétences adaptées et d’institutions performantes », recommande également le Fonds monétaire international.
« Pour y parvenir, poursuit le FMI, il est indispensable de créer un environnement plus propice aux affaires. Les entreprises investissent plus volontiers lorsque les règles sont prévisibles et que les conditions de concurrence entre les entreprises publiques et privées sont équitables. Améliorer l’accès au financement et aux compétences aiderait les entreprises à se développer, à adopter de nouvelles technologies et à saisir les nouvelles possibilités qui s’offrent à elles. Un soutien continu à l’entrepreneuriat pourrait permettre à davantage de jeunes entreprises de se développer. » « Mises en œuvre conjointement, ces réformes soutiendraient durablement l’investissement et l’activité du secteur privé », estime-t-il.
« la persistance des déficits budgétaires et des pressions financières pourrait compromettre la pérennité du programme d’investissement »
« Maintenir la croissance sur une trajectoire favorable nécessite également de renforcer les finances publiques et les marges de manœuvre extérieures et d’atténuer les pressions financières », souligne le FMI, et de prévenir : « L’investissement public peut soutenir la diversification, mais la persistance des déficits budgétaires et des pressions financières pourrait compromettre la pérennité du programme d’investissement. » « Un rééquilibrage budgétaire progressif peut y contribuer, s’il s’appuie sur des dépenses plus efficientes et des recettes hors hydrocarbures plus solides. Mené avec prudence, il peut préserver les investissements prioritaires et protéger les ménages vulnérables », recommande-t-il.
Selon le FMI : « Les prix des hydrocarbures fluctuent, et les recettes budgétaires aussi. Des réserves plus importantes et une approche plus prévisible de l’épargne des surcroîts de recettes permettraient de maintenir un niveau stable d’investissement public lorsque les prix des hydrocarbures baissent. » « La hausse actuelle des recettes tirées des hydrocarbures donne l’occasion de reconstituer ces réserves », note-t-il.
« L’Algérie a réalisé des progrès encourageants en vue de diversifier son économie. Ses ressources naturelles, ses investissements, ses réformes et ses liens avec les marchés africains et européens constituent des atouts importants sur lesquels s’appuyer. L’enjeu est maintenant de transformer les investissements et les réformes d’aujourd’hui en gains durables en matière d’emploi, de productivité et d’exportations, en libérant le potentiel d’un secteur privé plus dynamique et en bâtissant une économie plus résiliente », conclut le Fonds monétaire international.







