L’Algérie consacre une enveloppe de près de 22 milliards d’euros au programme national des énergies renouvelables, visant la production de 15.000 MW à l’horizon 2035. Ce montant a été annoncé, ce mardi 27 octobre, par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans son allocution adressée aux participants au 8e Sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), qui se tient à Moscou (Russie), lue par le Premier ministre, Sifi Ghrieb.
« L’Algérie est résolument engagée dans une transition énergétique juste et ordonnée, qui concilie les impératifs climatiques, la souveraineté nationale et la sécurité énergétique », a indiqué le président Tebboune, et d’ajouter : « Notre ambition est claire : nous ne subissons pas la transition énergétique, nous en dessinons nous-mêmes les contours, en réduisant l’empreinte carbone de notre industrie, en limitant les émissions de méthane et le torchage du gaz, et en développant le captage du carbone. »
« Cela apparaît clairement dans le programme national visant à produire 15.000 mégawatts d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, doté d’une enveloppe de près de 22 milliards d’euros », a-t-il annoncé, et de préciser : « L’Algérie ambitionne également de devenir un acteur majeur de l’hydrogène, grâce au SoutH2 Corridor en cours de réalisation avec les partenaires européens et la Tunisie, pays frère, ce qui permettra à mon pays d’exporter du gaz, de l’électricité, de l’ammoniac et de l’hydrogène, tout en consolidant sa place de pôle énergétique transcontinental. »
Par ailleurs, le président Tebboune a indiqué : « Nous nous réunissons à un tournant décisif pour les marchés mondiaux de l’énergie. Les crises successives ont révélé la résilience remarquable de l’industrie gazière et démontré que le gaz naturel n’est pas une solution conjoncturelle passagère, mais un socle durable des économies nationales. »
« Toutefois, cette industrie évolue désormais dans un environnement particulièrement complexe, tiraillée entre les impératifs de sécurité énergétique et les exigences de la transition climatique, sur fond de profondes mutations réglementaires et d’une reconfiguration géopolitique sans précédent », a-t-il dit.
Et d’ajouter : « Tout en affirmant que l’élaboration des politiques énergétiques relève du droit souverain de chaque Etat, nous prévenons que les législations fluctuantes alimentent les perturbations des marchés, freinent les investissements et compromettent la sécurité des approvisionnements. »
Selon lui : « L’injection de milliards de dollars dans les infrastructures gazières exige des cadres réglementaires stables et une juste valorisation du gaz, notamment dans le cadre des contrats à long terme. » « De cette tribune, nous appelons à un dialogue constructif devant aboutir à un cadre réglementaire consensuel, à même de garantir la sécurité des investissements et de les orienter vers les régions qui en ont le plus besoin », a-t-il déclaré.
« le gaz naturel apparaît comme un partenaire naturel des énergies renouvelables »
« La transition énergétique que nous appelons de nos vœux ne peut être que juste et progressive, ne doit exclure personne, ni faire supporter aux peuples des pays en développement des charges dont ils ne sont pas responsables, ni opposer leur droit au développement à leur droit de vivre dans un environnement sain », a estimé le chef de l’Etat.
« Dans cette dynamique, a-t-il poursuivi, le gaz naturel apparaît comme un partenaire naturel des énergies renouvelables, garantissant la stabilité des systèmes électriques, contribuant à la réduction des émissions et évitant le retour à des sources d’énergie plus polluantes. » « Il ne constitue pas un obstacle à la transition, mais plutôt un pont permettant d’y parvenir en toute sécurité », a-t-il ajouté.
Selon le président Tebboune : « La sécurité énergétique mondiale repose sur un équilibre indissociable : une demande prévisible, des approvisionnements garantis et une juste rémunération, à la hauteur de la valeur de la ressource et du volume des investissements, à même d’assurer la pérennité des approvisionnements et de concilier les impératifs de développement socio-économique avec les objectifs climatiques, en tenant compte du principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités nationales respectives. »
« Il est impossible de relever ce défi sans la technologie et l’innovation, c’est pourquoi nous appelons notre Forum, à travers le GRI (Institut de recherche sur le gaz, ndlr), à jouer un rôle plus approfondi dans la diffusion des technologies de réduction des émissions, de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, ainsi que dans l’amélioration de l’efficacité énergétique, en recourant à la numérisation et à l’intelligence artificielle », a-t-il expliqué.
Et de rappeler que « l’Algérie est un pays pionnier dans l’industrie gazière, puisqu’elle a construit, à Arzew en 1964, le premier complexe de liquéfaction du gaz naturel au monde, et figure aujourd’hui parmi les dix premiers producteurs mondiaux de gaz. » « Elle est également le deuxième fournisseur de gaz de l’Union européenne par gazoducs et approvisionne plusieurs pays à travers le monde en gaz naturel liquéfié (GNL) », a-t-il souligné, et d’ajouter : « Ces réalisations sont le fruit d’une fiabilité qui n’a jamais failli, même dans les périodes les plus difficiles, et d’un engagement constant à honorer nos obligations. »
L’Algérie restera un fournisseur énergétique « sûr et fiable »
« L’Algérie restera un fournisseur sûr et fiable et continuera d’avancer résolument dans la mise en œuvre d’une stratégie ambitieuse de transition énergétique, en plaçant les énergies propres et renouvelables au cœur de ses priorités pour un essor économique durable », a-t-il indiqué.
« De plus, afin de concilier notre souveraineté sur nos ressources et les exigences d’un marché mondial en expansion, l’Algérie a lancé de grands projets structurants, à leur tête le projet de Gara Djebilet, l’une des plus importantes réserves de fer au monde, et le projet de phosphate intégré, qui permettent de valoriser les ressources gazières et de renforcer les capacités d’exportation de l’Algérie, tout en contribuant à la sécurité alimentaire mondiale », a précisé le président Tebboune.
Et d’ajouter : « Au niveau continental, le projet de gazoduc transsaharien (TSGP), doté d’une capacité d’exportation estimée à 30 milliards de mètres cubes par an, incarne une vision commune d’une Afrique unie et souveraine dans ses décisions, et une coopération Sud-Sud faisant du gaz un levier pour lutter contre la précarité énergétique et réaliser le développement durable. » « L’Algérie s’engage à mettre son expertise et ses capitaux au service de la réussite de ce projet. »
Le président Tebboune a souligné que « la conjoncture actuelle impose de consolider le rôle de notre Forum et de renforcer la coopération entre ses membres afin de garantir la stabilité des marchés et la sécurité des approvisionnements face aux tensions géopolitiques. » « De cette tribune, j’appelle à unifier la voix du Forum pour défendre nos intérêts communs et à élargir la présence du gaz sur de nouveaux marchés, dans le cadre de la coopération Sud-Sud », a-t-il dit.
« Alors que nous célébrons un quart de siècle d’action commune, faisons prévaloir une vision unifiée pour les prochaines décennies, placée sous le signe d’un gaz plus sûr et plus propre, d’un marché plus stable et d’un Forum plus présent et plus influent. La responsabilité que nous partageons ne se limite pas aux générations actuelles, mais s’étend aux générations futures, auxquelles nous devons léguer une planète saine, une énergie accessible et un avenir sûr », a-t-il plaidé.







