La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a appelé, jeudi à Alger, à renforcer les échanges et la coopération entre l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’Europe, estimant que le contexte international impose une accélération de l’intégration économique régionale.
Elle s’exprimait à l’ouverture d’une conférence de haut niveau organisée par la Banque d’Algérie et le FMI, sous le thème « Afrique du Nord : relier les continents, créer des opportunités », en présence du Premier ministre, M. Sifi Ghrieb.
Selon Mme Georgieva, cette rencontre intervient dans une période de « profonde transformation mondiale », marquée par des tensions géopolitiques, des changements dans les flux commerciaux et financiers, la réorganisation des chaînes d’approvisionnement, ainsi que par la transition énergétique et la montée en puissance des nouvelles technologies.
Dans ce contexte, elle a évoqué une « incertitude accrue » qui rend, selon elle, la coopération régionale et l’intensification des échanges plus nécessaires que jamais. Elle a également rappelé que l’Afrique du Nord occupe une position géographique stratégique, faisant le lien entre l’Europe et le reste du continent africain.
La responsable du FMI a estimé que la région dispose d’un potentiel important en matière de commerce et d’intégration, tout en rappelant l’existence de liens économiques anciens entre les pays d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne et d’Europe.
Elle a, par ailleurs, souligné l’importance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qu’elle a qualifiée de « moteur d’intégration » et « d’atout majeur pour le continent, tant pour ses populations que pour ses relations économiques avec l’Europe ».
Mme Georgieva a également plaidé pour le développement de pôles de production régionaux, de projets d’infrastructures interrégionales, notamment ferroviaires, ainsi que de plateformes numériques, afin de favoriser, selon ses propos, « des économies d’échelle et d’améliorer l’efficacité logistique à l’échelle du continent ».
Abordant la question de l’énergie, elle a indiqué que l’Afrique du Nord, riche en ressources pétrolières, gazières et en potentiel solaire et éolien, peut contribuer à l’approvisionnement des industries locales et étrangères, soutenir la transition énergétique européenne et participer à la réduction du déficit d’électricité en Afrique. Elle a, dans ce cadre, cité les projets développés en Algérie dans les domaines du solaire, des interconnexions électriques et de l’hydrogène vert destiné à l’exportation.
La directrice générale du FMI a aussi appelé à réduire les barrières commerciales et à renforcer les échanges intra-africains, rappelant que le commerce entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne reste limité, représentant 4 % des exportations et environ 1 % des importations.
Elle a enfin insisté sur l’importance des réformes, de l’amélioration de l’environnement des affaires, de la gouvernance et de la logistique commerciale, notamment à travers la modernisation des ports, des systèmes douaniers et le développement de corridors transfrontaliers.
De son côté, le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, qui a présidé l’ouverture des travaux de la conférence, a mis en avant le rôle de la région dans la dynamique d’intégration régionale et son positionnement entre l’Europe, l’Afrique et l’espace méditerranéen. Intervenant lors de la même conférence, il a déclaré que le thème de la rencontre « exprime les espoirs et les opportunités prometteuses dont regorge la région de l’Afrique du Nord, ainsi que la vision stratégique qui reconnaît à cette région son rôle historique et stratégique en tant que trait d’union essentiel entre l’Afrique et l’Europe, et entre le bassin méditerranéen et l’Afrique ».
Il a rappelé que l’Afrique du Nord a été, au fil de l’histoire, « un espace de circulation des personnes et de flux de marchandises, ainsi qu’un environnement de brassage d’idées, et de dialogue des cultures, et nous sommes, aujourd’hui, appelés à consolider cette identité et à moderniser ses horizons pour faire face aux défis actuels ».
Le Premier ministre a également salué la coopération entre la Banque d’Algérie et le FMI, notamment dans le domaine de la stabilité économique et financière et du développement durable.
Pour sa part, le gouverneur par intérim de la Banque d’Algérie, M. Mouatassem Boudiaf, a estimé que « l’Algérie, de par sa position stratégique, au cœur de l’Afrique du Nord, est capable de jouer un rôle moteur pour renforcer l’intégration régionale, non seulement dans le domaine de l’énergie, mais aussi dans le commerce transfrontalier et l’investissement ».
Il a souligné que « les potentialités énormes dont dispose le pays, notamment en tant que fournisseur principal d’énergie pour l’Europe, ainsi que ses importantes infrastructures, lui permettent de renforcer son intégration dans les chaînes de valeur internationales et dans plusieurs domaines ».
M. Boudiaf a également affirmé « la pleine disponibilité des institutions algériennes à traduire cette vision en résultats concrets, sous les orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune ».
Il a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération et les investissements, notamment dans les infrastructures, afin de favoriser l’intégration entre les économies de la région. Il a, dans le même cadre, mis en avant « le rôle stratégique » de l’Afrique du Nord en tant que fournisseur d’énergie, estimant que la région est appelée à devenir « un centre des énergies renouvelables, de raccordement électrique transfrontalier et d’exportation d’hydrogène vert, ce qui permettra un plus large accès à l’électricité en Afrique subsaharienne ».
La conférence, qui se tient au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal, réunit plusieurs responsables nationaux et étrangers, des représentants d’institutions financières et des experts. Les travaux portent notamment sur l’intégration économique régionale, la coopération au sein des chaînes de valeur mondiales, le rôle du secteur de l’énergie et les mécanismes de financement des projets structurants.






