Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a abordé plusieurs dossiers économiques, sociaux, politiques et internationaux lors de son entrevue périodique avec des représentants de la presse nationale, diffusée samedi soir. Les salaires, le pouvoir d’achat, la croissance économique, les investissements, le développement, la lutte contre la corruption ainsi que plusieurs questions de politique étrangère figuraient parmi les principaux sujets évoqués.
Sur le plan social, le président Tebboune a réaffirmé son engagement à procéder à une nouvelle revalorisation des salaires en 2027. Il a rappelé que les augmentations seront inscrites dans le budget de l’année prochaine et qu’elles pourraient être appliquées en une ou deux tranches selon les possibilités.
« Je me suis engagé à concrétiser les 53 % restants des augmentations des salaires, et je réitère cet engagement », a-t-il déclaré.
La préservation du pouvoir d’achat reste, selon lui, une priorité, notamment à travers la lutte contre la spéculation et les pratiques affectant les prix. Il a attribué la hausse de certains produits à « la cupidité de ceux qui profitent de la situation », qualifiés de « parasites », tout en affirmant que le gouvernement prendra les mesures nécessaires contre ces pratiques.
Le président Tebboune a également évoqué les conséquences des incendies qui ont touché plusieurs wilayas durant l’été. Il a indiqué que les indemnisations versées aux sinistrés « avoisinait 1200 milliards de centimes ». Il a par ailleurs affirmé que plusieurs incendies étaient d’origine criminelle et que les investigations avaient permis de mettre au jour différentes méthodes utilisées pour provoquer les départs de feu.
Il a rendu hommage aux éléments de la Protection civile ainsi qu’aux membres des autres corps ayant perdu la vie dans l’accomplissement de leurs missions.
Sur le volet économique, Abdelmadjid Tebboune a estimé que la croissance de l’économie nationale devrait dépasser les prévisions du Fonds monétaire international. « Selon les études que nous avons réalisées, le taux de croissance devrait se situer entre 4,01 et 4,02 % », a-t-il indiqué.
Il a également évoqué la possibilité pour l’Algérie d’atteindre un produit intérieur brut de 400 milliards de dollars à la fin de 2026 ou au début de 2027. Selon lui, cette évolution serait notamment liée à « la dynamique de l’investissement, qui se concrétise à travers des milliers de projets à l’échelle nationale ainsi que par la valorisation du potentiel de plusieurs secteurs ».
Le chef de l’Etat a cité plusieurs activités appelées, selon lui, à contribuer à l’augmentation des recettes en devises, notamment l’industrie automobile, les mines, la transformation du fer et la production locale de composants électroniques.
L’objectif affiché est de parvenir à un « revenu annuel stable » en devises d’au moins 50 milliards de dollars. Les hydrocarbures devraient toutefois continuer à occuper une place importante, avec la poursuite des opérations de prospection et les efforts visant à attirer de « grandes » compagnies internationales. Le président Tebboune a également assuré que les réserves de change « resteront à un niveau acceptable ».
Il a fait état d’une progression du nombre de projets enregistrés auprès de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement. Il a notamment évoqué 300 projets liés à des investisseurs étrangers, ainsi que des milliers de projets nationaux.
Selon lui, cette dynamique « reflète la reprise de l’économie algérienne et le rétablissement de la confiance ». Il a également rappelé que l’Algérie avait « ouvert l’investissement aux frères arabes ».
Le président Tebboune a annoncé, par ailleurs, la signature prochaine d’un décret destiné à organiser le guichet unique de manière à mieux identifier les besoins des projets en matière de foncier et à favoriser une répartition plus équilibrée des investissements entre les wilayas.
Le projet de phosphate intégré a également été évoqué. Les travaux de la ligne ferroviaire qui lui est liée doivent s’achever « à la fin de l’année au plus tard », avec « la possibilité de gagner un ou deux mois, sachant que les essais techniques s’achèveront fin octobre courant ».
Concernant l’extension du port d’Annaba, le chef de l’Etat a indiqué que sa livraison était prévue à la fin du premier trimestre 2027.
Tirer parti des compétences algériennes à l’étranger
Le président Tebboune a insisté sur la nécessité d’associer davantage les compétences algériennes établies à l’étranger au développement du pays. Il a expliqué que la création du Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger répondait à cette volonté.
« Le processus de développement en Algérie a atteint un niveau qui nécessite de tirer profit de l’expertise de son élite et de ses compétences scientifiques établies à l’étranger », a-t-il affirmé.
Il a cité plusieurs scientifiques d’origine algérienne ayant occupé des responsabilités ou développé des carrières dans des institutions internationales, estimant que leur expérience pouvait être mise au service du pays.
Les compétences établies à l’étranger devraient notamment travailler avec les chercheurs locaux dans des domaines comme le dessalement de l’eau de mer, l’agriculture, les mines, les hydrocarbures, l’énergie solaire, l’industrie et la recherche spatiale.
« L’Algérie n’a aujourd’hui aucun complexe à tirer profit de l’expertise de ses enfants et de tous ceux qui ont atteint un haut degré de savoir à l’étranger », a-t-il déclaré.
Abdelmadjid Tebboune a également défendu l’idée d’un « développement global et intégré », estimant que les politiques publiques doivent bénéficier à l’ensemble de la population. Il a évoqué des stratégies à l’horizon 2030 et 2050, considérant que l’objectif est d’inscrire le développement dans la durée.
Sur le plan politique, il a affirmé que « le dialogue avec les partis politiques représentés au Parlement demeure ouvert », considérant ces formations comme « un partenaire essentiel dans la gestion des affaires publiques ».
À l’approche des élections locales prévues le 28 novembre, il a appelé les jeunes à se porter candidats aux Assemblées populaires communales et de wilaya.
« Le développement de l’action locale passe par le renforcement du rôle de la commune et l’encouragement des citoyens, notamment les jeunes, à participer à la gestion », a-t-il déclaré.
Le président Tebboune a également défendu les mesures prises pour faciliter la participation des jeunes aux élections, notamment le financement de leurs campagnes afin de limiter l’influence de l’argent dans le processus électoral.
La lutte contre la corruption a également été abordée. Le chef de l’Etat a estimé que la numérisation avait permis de réduire les pratiques illégales dans plusieurs secteurs.
Selon lui, le phénomène de corruption « a considérablement diminué et n’est plus un phénomène généralisé ». La transformation numérique aurait notamment permis de « dénoncer les manipulations dans divers domaines ».
Il a toutefois affirmé que le phénomène « devrait être inexistant », avertissant que l’Etat continuera à surveiller les pratiques susceptibles de porter atteinte à l’économie nationale et aux réserves de change.
Rupture avec les Emirats, Sahara occidental, Sahel…
Sur le plan diplomatique, le président Tebboune a notamment évoqué la rupture des relations avec les Emirats arabes unis. Il a exclu un retour en arrière, déclarant : « Quand nous prenons une décision, il n’y a pas de retour en arrière ». Il a également affirmé que « la situation est arrivée au point de non-retour », tout en assurant que l’Algérie ne cherchait pas à multiplier les différends avec les autres Etats.
Concernant le Sahara occidental, le président Tebboune a réaffirmé son soutien au droit du peuple sahraoui à déterminer son avenir. Il a estimé que « la résolution des Nations unies et du Conseil de sécurité prévoit de parvenir à une solution acceptable par les deux parties, et que nos frères sahraouis sont les maîtres de leur destin et nous sommes à leurs côtés ».
Sur le Sahel, le chef de l’Etat a souligné que la préservation de la stabilité de cette région passe par « le développement », précisant que le chaos et le terrorisme se nourrissent de la pauvreté et de l’absence d’institutions étatiques.
Concernant la situation au Niger, le président de la République a indiqué que l’Algérie a envoyé des avions militaires vers ce pays frère après que certaines parties eurent persisté dans leurs manœuvres. Le Premier ministre du Niger, Ali Mahaman Lamine Zeine, se trouvait en visite en Algérie et était rentré de nuit chez lui avant qu’une tentative de coup d’Etat ne survienne, s’est-il indigné. « Les choses sont claires, c’est une provocation à notre égard… », a fait observer le président de la République.
S’agissant des relations de l’Algérie avec le Mali, le président Tebboune a déclaré : « Dans nos relations avec le Mali, nous sommes beaucoup plus proches l’un de l’autre qu’on ne le pense », précisant que « l’Algérie ne s’immiscera pas dans les affaires intérieures de ce pays frère ».
S’agissant de la situation au Soudan et au Soudan du Sud, il a indiqué que l’Algérie avait aidé ce dernier après son indépendance, un geste accueilli favorablement par les Soudanais, avant de s’interroger sur l’utilité de l’indépendance alors que la guerre fait rage. Il a réaffirmé la position constante de l’Algérie, en faveur de la légalité internationale et de la légitimité locale, tout en insistant sur l’impératif de mettre fin aux divisions au Soudan et de cesser d’alimenter la guerre dans ce pays frère.
A une question sur la demande du président iranien d’effectuer une escale technique de son avion en Algérie, il a indiqué que « l’Algérie l’accueille, comme elle accueille tout autre président ». « C’est ça l’Algérie, fière et souveraine dans sa décision », a-t-il soutenu.
Interrogé sur le passage des navires algériens par le détroit d’Ormuz, il a indiqué que leur circulation était normale. L’Algérie « n’a de problème avec personne« , a-t-il fait observer, avant de préciser que le passage de ces navires signifie que « nous partageons la vision des grandes puissances en matière de stabilité du marché pétrolier ».
Il a également évoqué les relations de l’Algérie avec plusieurs pays, soulignant que le maintien de relations d’amitié et de partenariat avec la Russie, les Etats-Unis et la Chine n’était pas impossible pour l’Algérie qui ne renoncera pas aux relations d’amitié qui l’unissent à ces pays. Il a affirmé que l’Algérie et la Russie étaient liées par une solide relation d’amitié, bénéfique aux deux pays, se félicitant du développement de cette relation sur le plan économique.







