Les prix du pétrole ont connu une séance agitée ce jeudi 30 avril, marquée par de fortes variations au fil de la journée. Après une nette hausse en matinée, les cours ont reculé dans l’après-midi, sur fond d’incertitudes liées à la situation au Moyen-Orient et aux intentions des États-Unis vis-à-vis de l’Iran.
Vers 14h10, le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence mondiale, s’échangeait en baisse de 3,45% à 113,96 dollars, après avoir dépassé plus tôt dans la journée les 125 dollars. La veille, il avait atteint un niveau inédit depuis mi-2022, période marquée par les conséquences de la guerre en Ukraine. Depuis les frappes menées le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les prix ont fortement progressé, doublant presque et revenant à des niveaux comparables à ceux observés lors du déclenchement du conflit en Ukraine.
Le brut américain WTI suivait une tendance similaire. Il reculait à 104,57 dollars, soit une baisse de 2,16%, après avoir enregistré une hausse de plus de 8% mercredi soir.
Malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril, la situation reste tendue dans le détroit d’Ormuz, un passage clé pour le transport mondial d’hydrocarbures. Ce corridor maritime, par lequel transitait auparavant environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde, est aujourd’hui soumis à des restrictions à la fois iraniennes et américaines.
Dans ce contexte, les déclarations venues de Washington entretiennent l’incertitude. Un responsable américain a indiqué que la Maison Blanche pourrait « poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire ». Le président américain a lui-même estimé que « le blocus est un peu plus efficace que les bombardements », selon un entretien accordé au site Axios. Par ailleurs, Donald Trump devait être informé par les militaires de possibles nouvelles opérations contre l’Iran.
Pour les analystes, le marché évolue dans un climat difficile à anticiper. L’évolution « reflète avant tout l’absence totale de visibilité sur une résolution rapide du conflit avec l’Iran, alors même que le détroit d’Ormuz reste largement paralysé », observait John Plassard, de la banque Cité Gestion. À ces tensions géopolitiques s’ajoutent des perturbations sur l’offre mondiale.
Le retrait surprise des Émirats arabes unis de l’OPEP contribue à fragiliser l’équilibre du marché et à accroître les interrogations sur les volumes disponibles à l’avenir. Dans le même temps, les données publiées aux États-Unis font état d’une baisse notable des stocks de pétrole et de produits raffinés, signe d’une demande toujours soutenue.
Les exportations américaines, de leur côté, atteignent des niveaux élevés, ce qui témoigne d’un marché sous pression. Dans ce contexte, l’expert souligne : « Autrement dit, nous ne sommes plus simplement face à une hausse cyclique du pétrole, mais bien face à un choc d’offre qui s’installe dans la durée. Et dans ce type de configuration, chaque dollar supplémentaire sur le baril devient un facteur direct de volatilité pour l’ensemble des actifs financiers ».
Cette progression des prix de l’énergie a également des répercussions sur les perspectives économiques. Elle alimente les anticipations d’inflation et complique la tâche des banques centrales. La Réserve fédérale américaine (Fed) a ainsi décidé de maintenir ses taux inchangés, tout en notant que les tensions au Moyen-Orient « contribuent à accroître l’incertitude entourant les perspectives économiques ». Une situation jugée logique par l’analyste Ipek Ozkardeskaya, qui estime que « rien de surprenant à cela ».
Enfin, des divergences sont apparues au sein même de la banque centrale américaine. Trois membres de son comité de politique monétaire se sont opposés au communiqué publié à l’issue de la réunion, considérant qu’il était prématuré d’évoquer une éventuelle baisse des taux dans un contexte où l’évolution de l’inflation reste incertaine.






