Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé vendredi à Pékin une série de mesures visant à relancer les relations économiques entre le Canada et la Chine, marquées ces dernières années par de fortes tensions. Ces annonces portent notamment sur les droits de douane et sur l’importation de véhicules électriques chinois au Canada.
Lors d’un point presse organisé en marge de sa visite, la première d’un chef de gouvernement canadien en Chine depuis huit ans, M. Carney a indiqué que « le Canada et la Chine ont conclu un accord commercial préliminaire, mais historique, visant à éliminer les obstacles au commerce et à réduire les droits de douane ».
Dans ce cadre, Ottawa autorisera l’entrée de 49.000 véhicules électriques fabriqués en Chine, soumis à des droits de douane préférentiels de 6,1%, soit un niveau équivalent à celui appliqué avant les mesures de rétorsion instaurées en 2023, selon le Premier ministre canadien.
Sur le plan des déplacements, Mark Carney a également annoncé que le président chinois Xi Jinping s’est engagé à supprimer l’obligation de visa pour les Canadiens se rendant en Chine, une mesure qui concernerait les touristes.
Ces décisions s’inscrivent dans une volonté affichée par les deux pays de tourner la page des différends passés. Mark Carney a ainsi déclaré : « Je suis extrêmement heureux que nous allions de l’avant avec notre nouveau partenariat stratégique ». De son côté, le président chinois a évoqué l’ouverture d’un « nouveau chapitre », amorcé lors de leur rencontre en octobre dernier en marge d’un sommet en Corée du Sud.
Les échanges récents entre les deux pays ont, selon Pékin, permis d’avancer vers une reprise de la coopération. Xi Jinping a affirmé que les discussions pour « restaurer et relancer la coopération dans différents domaines (…) ont produit des résultats positifs », ajoutant : « J’en suis heureux ».
Les relations sino-canadiennes s’étaient fortement dégradées à partir de 2018, à la suite de l’arrestation au Canada d’une dirigeante du groupe Huawei, suivie de l’incarcération en Chine de deux citoyens canadiens accusés d’espionnage. Plus récemment, des différends commerciaux ont opposé Ottawa et Pékin autour des surtaxes sur les véhicules électriques et l’acier, ainsi que sur les produits agricoles.
Selon Mark Carney, les droits de douane sur le canola devraient être réduits d’ici le 1er mars, passant de plus de 80% à environ 15%. Il s’attend également à une baisse des droits appliqués à certains produits de la mer et aux pois d’ici la fin de l’année.
Concernant les véhicules électriques, le chef du gouvernement canadien a cherché à rassurer le secteur automobile local, en soulignant que ces importations représentent « moins de 3% » du marché. Il a par ailleurs indiqué espérer des « investissements chinois considérables » au Canada au cours des trois prochaines années, avec des retombées en matière d’emplois.
Dans un contexte international marqué par les politiques commerciales du président américain Donald Trump, Mark Carney a insisté sur la nécessité pour le Canada de réduire sa dépendance économique vis-à-vis des États-Unis. Il a rappelé l’objectif de son gouvernement de doubler, d’ici 2035, les exportations canadiennes vers des marchés autres que le voisin américain.
Le Premier ministre a expliqué que son gouvernement souhaite « recalibrer » la relation avec la Chine, en misant sur des coopérations dans les secteurs de l’énergie propre, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, tout en adoptant une approche qu’il qualifie de « pragmatique ».
Sur les dossiers sensibles, notamment Taïwan et les droits humains, Mark Carney a réaffirmé la position canadienne d’une seule Chine et estimé que ces sujets doivent être traités dans le cadre de « coalitions » et sans « mégaphone ». Il a résumé sa vision en déclarant : « Nous prenons le monde comme il est, pas comme nous souhaiterions qu’il soit ».






