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Exportations : le président Tebboune dénonce la « issaba qui se livre à la sous-facturation »

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est exprimé samedi soir lors de son entrevue périodique avec des représentants de la presse nationale. Plusieurs dossiers ont été abordés, allant de la politique intérieure à l’économie, en passant par les relations internationales.

Lors de cette intervention, le président Tebboune a mis en garde contre certaines pratiques enregistrées dans l’activité d’exportation, notamment la sous-facturation, indiquant que des cas de non-rapatriement de devises issues des exportations, d’une valeur de 350 millions de dollars, ont récemment été constatés.

« Nous nous sommes débarrassés de la « issaba » qui s’adonnait à la surfacturation pour nous retrouver face à une autre « issaba » qui se livre à la sous-facturation », a-t-il déploré. Pour illustrer ses propos, il a cité un exemple : des dattes exportées à 1 euro le kilogramme sont parfois déclarées à seulement 20 centimes. Il a ajouté que, dans certains cas, même les montants déclarés ne sont pas rapatriés.

Le chef de l’État a également fait état de chiffres relevés récemment. « Je viens de découvrir lors d’une réunion que j’ai tenue avant-hier sur le commerce extérieur qu’il y a 350 millions de dollars qui n’ont pas été rapatriés. » Il a précisé que ce montant concerne une période limitée et que les sommes concernées pourraient être plus importantes. Revenant sur les risques liés à ces pratiques, il a expliqué : « L’exportation porte en elle aussi les germes du trafic que nous sommes en train de surveiller, que nous ne connaissions pas parce que nous étions acheteurs avant d’être vendeurs ».

Exportations hors hydrocarbures

A cette occasion, le président Tebboune souligné l’importance des indicateurs de développement positifs enregistrés par l’économie nationale, d’où la nécessité de poursuivre cette dynamique à travers la diversification de l’économie et le renforcement des exportations hors hydrocarbures.

Il a précisé que la prochaine étape repose sur l’instauration d’« une véritable transformation économique » fondée sur la valorisation des ressources nationales hors hydrocarbures, notamment à travers le développement des industries de transformation, l’augmentation de la valeur ajoutée et la création d’emplois.

Rappelant que la diversification de l’économie « est devenue aujourd’hui une réalité », après avoir été « pendant des décennies un simple slogan », le président Tebboune a souligné que la compétitivité de plusieurs secteurs industriels a permis de donner un élan fort aux exportations hors hydrocarbures.

L’Algérie ambitionne d’atteindre entre 8 et 9 milliards de dollars d’exportations par an hors hydrocarbures, alors que plusieurs filières industrielles, telles que les équipements électroménagers, la sidérurgie et l’industrie agroalimentaire, connaissent une demande croissante sur les marchés extérieurs, après que le pays en importait une grande partie, a-t-il relevé.

Il a salué l’objectif fixé par le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) d’atteindre près de 30 milliards USD d’exportations hors hydrocarbures à l’horizon 2030, estimant que ces objectifs permettront de placer les équilibres financiers de l’Etat dans une situation « confortable ».

L’un des principes fondamentaux adoptés dans ce processus est de ne pas exporter les matières premières minières à l’état brut, mais de les transformer localement, qu’il s’agisse du phosphate, du fer, du zinc ou des produits agricoles, afin de créer de la richesse et de renforcer le tissu industriel national, a-t-il précisé.

Spéculation : « À chaque fois, il y a un microbe, un virus… »

Lors de son entrevue périodique, le président Tebboune est également revenu sur le phénomène de la spéculation. « À chaque fois, il y a un microbe, un virus… », a-t-il fustigé. Il a estimé que ces pratiques ont des effets sur l’économie nationale ainsi que sur le pouvoir d’achat. « Ces spéculateurs ne permettent pas au corps économique de rester sain », « ça nous désorganise », a dénoncé le chef de l’État.

Il a aussi lié cette situation aux hausses observées sur certains produits agricoles. Selon lui, certaines augmentations peuvent s’expliquer de manière « acceptable », notamment par les fortes pluies qui retardent les récoltes. Mais il a pointé un autre facteur, la spéculation, qu’il juge « inacceptable ». Il a parlé d’un « mal enraciné ».

Dans ce contexte, il a affirmé : « ce n’est pas une flambée économique due à des facteurs économiques. Elle est due à des facteurs purement humains. » Il a également rappelé que le pays n’exporte pas assez de produits agricoles pour provoquer une pénurie sur le marché local.

Par ailleurs, il a évoqué la question des moutons importés en vue de l’Aïd el-Adha. Il a mis en garde contre toute tentative de spéculation. « J’espère qu’il n’y aura pas de spéculation sur le mouton de l’Aïd, parce que, celui qu’on attrapera, il paiera chèrement. Il y a des gens qui y pensent déjà », a-t-il averti. Il a insisté sur les moyens engagés pour ces importations : « Quand j’importe 1 million de têtes, c’est de l’argent, c’est énorme. Ce n’est pas pour permettre aux spectateurs de s’en mettre plein les poches », a-t-il ajouté.

Liste grise : le GAFI « satisfait des progrès réalisés par l’Algérie »

Le président Tebboune a également relevé que les réformes engagées par l’Etat dans le domaine financier ont été saluées par le Groupe d’action financière (GAFI), qui « s’est dit satisfait des progrès réalisés par l’Algérie », avec la perspective d’une sortie du pays de la liste grise après la finalisation des procédures nécessaires.

Concernant le paiement électronique et la facturation, il a précisé qu’« il n’est pas possible de passer rapidement du paiement en espèces au paiement électronique », soulignant que ce processus se fera « par étapes ».

Le paiement en espèces constitue une source d’introduction de fausse monnaie, a-t-il mis en garde, notant que des devises contrefaites ont été introduites depuis certains pays pour l’achat de moutons algériens, et que la thésaurisation hors circuit bancaire empêche la détection de billets falsifiés.

Evoquant les grands projets, notamment celui de Bled El Hadba, devant générer d’importants emplois et contribuer à la valorisation du phosphate à travers la production d’engrais et de leurs dérivés, il a souligné que le véritable développement repose sur la « création de richesse et d’emplois hors hydrocarbures ».

Le chef de l’Etat a, en outre, fait état de l’existence d’autres gisements miniers, en sus de ceux actuellement exploités, lesquels seront mis en valeur « au moment opportun », permettant ainsi à l’Algérie de devenir « un pays créateur d’emplois hors hydrocarbures ».

L’Algérie poursuit les opérations d’exploration des hydrocarbures en vue d’augmenter la production, parallèlement à la préparation des mutations démographiques à venir, a-t-il relevé, ajoutant que le pays s’oriente vers la réalisation de grands projets dans le secteur des hydrocarbures, notamment dans l’exploration offshore et dans les wilayas du Sud.

Projet de phosphate intégré : Lancement de l’usine de production d’acide phosphorique fin 2026 ou début 2027

Evoquant le projet du phosphate intégré de Bled el Hadba (Tébessa, est du pays), il a souligné que ce projet avec ses unités de transformation, de concentration et de production d’acide phosphorique, d’engrais, d’ammoniac et d’urée, permettra de générer « un nombre important d’emplois » au profit de la région.

Mettant en avant l’avancement que connait le projet de phosphate intégré, le président Tebboune a annoncé que l’usine de production d’acide phosphorique dans le cadre de ce projet sera mise en service vers la fin de 2026 ou au début de 2027. Il a précisé que « les travaux sont en cours au niveau du projet de phosphate intégré de Bled El Hadba, où sera mise en service l’usine d’acide phosphorique fin de 2026 ou début de 2027 », dans le cadre d’un projet intégré pour « l’exploitation du phosphate à toutes ses étapes ».

Il a insisté sur l’importance d’intégrer les diplômés universitaires, estimés à 250.000 par an, dans la vie économique, estimant qu’il s’agit « d’une synergie générale », visant à construire une économie libérée des hydrocarbures et basée sur l’initiative. Il a ajouté, dans ce sens, que l’objectif « ne se limite pas à l’exploitation du phosphate, mais concerne la révision de tout le système économique », d’autant plus que le programme adopté par l’Etat « est un programme économique intégré qui sera détaillé progressivement, en parallèle à l’avancement des projets ».

Le président Tebboune a souligné que les projets miniers et les lignes ferroviaires vers le Sud « s’inscrivent dans le cadre d’une vision nationale », rappelant que ces projets ne sont pas le fruit du hasard, mais figuraient parmi ses engagements durant la campagne électorale.

La compétitivité de plusieurs filières industrielles a donné une forte impulsion aux exportations hors hydrocarbures

Le chef de l’Etat a indiqué que la compétitivité démontrée par plusieurs secteurs industriels nationaux ces dernières années a contribué à donner une forte impulsion aux exportations algériennes hors hydrocarbures. Il a souligné que la progression des exportations reflète le développement de la production nationale par rapport au passé, ajoutant que l’Algérie est aujourd’hui plus concurrentielle que certains pays européens dans des domaines comme l’électroménager.

« Alors que l’Algérie importait du rond à béton il y a quelques années, elle en est aujourd’hui exportatrice », a-t-il rappelé, relevant l’orientation vers le développement de nouvelles unités industrielles. Il a, dans ce contexte, ajouté que l’usine Fiat Algérie atteindra un taux d’intégration de 40% avec une orientation vers l’exportation.

Le président Tebboune a également salué les avancées réalisées dans l’industrie automobile, notamment après l’inauguration d’une usine d’emboutissage dans la wilaya de Batna qui permettra de fabriquer les coques des voitures et des cabines de camions, ainsi que les progrès enregistrés dans la fabrication de diverses pièces détachées automobiles, soulignant que « le secteur privé honnête est en train de faire des pas de géants ».

Il a, en outre, fait remarquer que l’agroalimentaire algérien est aujourd’hui très demandé partout alors que beaucoup de produits étaient importés par le passé, soulignant qu’une partie de la production nationale sera destinée à l’exportation.

Interrogé sur le retrait des Emirats arabes unis de l’OPEP et de l’OPEP+, le président Tebboune a qualifié cela de « non-événement », soulignant que l’Etat arabe considéré comme le « principal socle » de l’OPEP est « le Royaume d’Arabie Saoudite, pays frère ».

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