Les cours du pétrole se sont envolés à des sommets cette semaine, les investisseurs ne cachant plus leurs inquiétudes face à la paralysie d’une grande partie des flux d’hydrocarbures en provenance du Golfe.
Le baril de Brent, référence internationale pour le pétrole, a clôturé à 92,69 dollars vendredi, soit une augmentation de plus de 8% par rapport à la veille, et de 27,88% sur la semaine.
Son équivalent américain, le baril de WTI, a terminé à 90,90 dollars, en hausse de plus de 12% sur la séance. Il a bondi de 35,63% depuis les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran.
En quelques séances, les prix se sont donc renchéris de plus de 20 dollars. Depuis le début de l’année, la hausse est même supérieure à 30 dollars.
« J’ai déjà vu ce genre de situation auparavant, mais celle-ci commence à prendre des proportions dramatiques », commente auprès de l’AFP Ole R. Hvalbye, analyste chez SEB.
« Je crains vraiment les conséquences à long terme » en particulier l’éclosion d’une récession économique, ajoute-t-il.
Les cours ont encore accéléré vendredi après des propos de Donald Trump, le président américain exigeant une « capitulation » de l’Iran.
Le pays est un important producteur d’or noir. Mais le conflit a surtout eu pour conséquence de paralyser le trafic dans le détroit d’Ormuz, par où transite environ 20% de la production mondiale d’or noir.
« Le marché passe d’une évaluation purement géopolitique des risques à une prise en compte des perturbations opérationnelles tangibles », soulignent dans une note les économistes de JPMorgan.
« Chaque jour où le détroit reste fermé, le marché pétrolier se tend davantage », explique à l’AFP Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.
Les capacités de stockage des pays du Golfe étant limitées, « si la situation ne se résout pas rapidement, nous assisterons bientôt à une rationalisation de la production de pétrole brut et à une nouvelle réduction de l’activité des raffineries, en particulier en Asie et au Moyen-Orient », prévient-il.
Certains pays du Golfe ont déjà dû ralentir leur activité.
« L’Irak a déjà réduit son approvisionnement d’environ 1,5 million de barils par jour et le Koweït semble atteindre ses limites de stockage, le pays (…) fermant de fait la plupart de ses capacités de raffinage destinées à l’exportation », selon les experts de JPMorgan.
Désormais, même si les exportations via Ormuz reprennent, « il y aura un décalage avant la reprise de la production », souligne Ole R. Hvalbye.
Pour prévenir d’éventuelles pénuries, la Chine a demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d’essence, selon l’agence Bloomberg.
Et le gouvernement américain a autorisé jeudi, et pour un mois, la livraison de pétrole russe sous sanction vers l’Inde, alors que le conflit au Moyen-Orient touche directement les approvisionnements de New Delhi.
La marine américaine escortera les navires marchands tentant de passer par le détroit d’Ormuz « dès que ce sera raisonnable », a aussi assuré vendredi le ministre américain de l’Energie, Chris Wright.
« Cela pourrait faciliter la reprise du trafic, mais pas à l’échelle d’avant-guerre », préviennent les analystes d’Eurasia Group.
Selon Jason Gabelman, de TD Cowen, la réaction du marché a pour le moment été « modérée » grâce à « des stocks sains ».
Ceux-ci « pourraient couvrir jusqu’à un mois de fermeture » du détroit d’Ormuz, assure-t-il.
AFP





