La Banque d’Algérie s’est dotée d’un outil de pilotage monétaire conçu pour renforcer sa capacité à anticiper les évolutions de l’économie nationale. Il s’agit du « Algeria Macroeconomic Projection Model (AMPM)« , un modèle mathématique développé sur trois ans par l’institution monétaire avec l’appui technique du FMI (Fonds monétaire international). Selon le document publié début février par le FMI, ce système permettra de produire des prévisions trimestrielles pour plusieurs indicateurs économiques clés.
Moins sophistiqué que les modèles des grandes banques centrales occidentales mais adapté aux spécificités de l’économie algérienne, l’AMPM marque « une avancée notable pour une institution qui cherche à professionnaliser sa conduite de la politique monétaire ». L’outil distingue le secteur extractif, dépendant des prix internationaux du pétrole et du gaz, du secteur non extractif, qui représente 90% du PIB réel et « affiche une croissance d’environ 4% par an depuis 2021, soutenue par la consommation et l’investissement public ». Cette distinction vise à mieux comprendre comment les chocs pétroliers se propagent dans l’économie.
L’économie algérienne a connu une progression moyenne de 3,8% entre 2021 et 2023, contre 2,2% entre 2015 et 2019, période marquée par la baisse des cours du pétrole. L’année 2014 a constitué un tournant, avec l’effondrement du prix du baril qui a entraîné une division par quatre des réserves de change et une hausse de la dette publique, passée à 60% du PIB en 2021. Le document du FMI note que « la production d’hydrocarbures a exhibé une tendance baissière claire » depuis 2008, conséquence du vieillissement des gisements.
Dans ce contexte, la Banque d’Algérie opère souvent « au centre d’un triangle de contraintes » : la politique budgétaire expansive du gouvernement, les chocs externes liés à la fluctuation des prix du pétrole et la stabilité du système monétaire et financier. L’AMPM vise à passer d’une logique réactive à une logique anticipative, en permettant de simuler différents scénarios économiques et d’évaluer les effets potentiels de divers choix de politique monétaire.
Le modèle s’inscrit dans le cadre de la nouvelle loi monétaire et bancaire de 2023, qui « fournit les outils opérationnels et organisationnels nécessaires pour soutenir la modernisation du cadre de politique monétaire ». Depuis 2025, la Banque d’Algérie a publié plusieurs règlements pour mettre en conformité le fonctionnement des banques et établissements financiers avec cette loi.
La dette publique, désormais stabilisée autour de 50% du PIB, est constituée principalement d’instruments domestiques non négociables détenus par la Banque centrale à des taux préférentiels. Si ce montage limite les charges d’intérêt, il soulève des interrogations sur l’autonomie de la politique monétaire. De plus, plus de 85% des actifs bancaires sont concentrés dans des établissements publics bénéficiant de taux bonifiés et de garanties gouvernementales, ce qui « contribue à affaiblir la transmission et sape le rôle de signalisation de la banque centrale ».
L’AMPM repose sur un système d’équations qui reflète la réalité de l’économie algérienne. Il permet de projeter l’évolution de la croissance du PIB, de l’inflation, du taux de change, de la masse monétaire et des équilibres extérieurs. Selon le document, le recours à ce type de modèle permet « d’anticiper les chocs externes comme par exemple un retournement des cours du pétrole brut, en quantifiant les retombées sur l’économie nationale, et de pouvoir prendre rapidement les décisions adéquates ».
Le modèle reproduit de manière satisfaisante l’évolution historique des variables économiques, bien qu’il ait eu des difficultés à prévoir l’ampleur du choc lié à la pandémie de 2020, une limite partagée par la plupart des modèles macroéconomiques à travers le monde. Il devrait également aider à gérer le taux de change officiel afin d’éviter une surévaluation du dinar qui nuirait aux exportations ou une sous-évaluation qui relancerait l’inflation.
Avec l’AMPM, la Banque d’Algérie dispose désormais d’un outil d’aide à la décision qui lui permet de calibrer ses interventions monétaires, de gérer la liquidité bancaire et d’évaluer les effets de ses choix dans un contexte économique marqué par la volatilité des hydrocarbures et les contraintes du secteur financier.




