Le rapport annuel 2025 de la Cour des comptes s’est penché sur la capacité du système de santé algérien à gérer les crises sanitaires. Cette évaluation a mis en évidence des avancées sur le plan juridique et institutionnel ainsi que dans les ressources financières mobilisées, tout en soulignant des marges d’amélioration pour consolider ces acquis.
Le document insiste aussi sur les défis à relever pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD) liés à la santé, notamment la cible 3-d, qui vise à renforcer les capacités de réponse rapide et de gestion des risques sanitaires. L’évaluation a couvert les aspects juridiques et institutionnels, les mécanismes de coordination, le financement et le cadre de surveillance des risques sanitaires.
« A ce titre, le contrôle fait ressortir que l’Algérie dispose d’un cadre juridique adéquat pour faire face aux menaces sanitaires. Un dispositif institutionnel, s’appuyant sur des acteurs centraux, intermédiaires et des institutions spécialisées, est également mis en place », selon le rapport. Toutefois, certains obstacles subsistent, comme la publication tardive des textes d’application et le fonctionnement limité de structures comme les observatoires régionaux de santé. Le document pointe également un « manque d’efficacité » de la coordination intersectorielle, bien qu’elle soit encouragée.
Le rapport note : « De plus, l’absence de plateformes numériques pour centraliser et partager les informations entre les différents acteurs rend difficile la mise en œuvre d’une réponse unifiée ». Les contrôleurs estiment que le financement des urgences sanitaires manque de flexibilité pour mobiliser rapidement les ressources en cas de crise, malgré la disponibilité de crédits et de chapitres budgétaires adaptés.
Le système de surveillance des risques sanitaires est opérationnel, et le ministère de la santé évalue régulièrement les activités réalisées, en conformité avec le règlement sanitaire international (RSI). La Cour souligne également les mesures de l’État pour répondre aux besoins des groupes vulnérables et réduire les inégalités sociales, conformément à l’agenda 2030 des Nations unies et au principe « de ne laisser personne de côté ».
Dans ce cadre, l’Algérie a lancé un programme d’urgence en 2020, appelé « programme des zones d’ombre », couvrant plus de 13 000 zones afin de promouvoir la santé de proximité et réduire les disparités régionales.
En 2022, le ministère de la santé et l’OMS ont mené une évaluation externe conjointe des principales capacités requises par le RSI, impliquant tous les secteurs de l’État. Cette opération a révélé des « notations moyennes » pour certains indicateurs, notamment le « système de coordination, de la sécurité sanitaire des aliments, du système de suivi, de contrôle et de surveillance, du système de communication sur les évènements et les urgences de nature particulière, des mécanismes pratiques pour détecter et répondre aux événements et situations d’urgence d’origine chimique ainsi que des mécanismes pratiques pour détecter et répondre aux événements et urgences d’origine radiologique et nucléaire ».
Dépenses liées à la Covid-19 et aux urgences sanitaires
Pour la première fois, le rapport 2025 dévoile les montants dépensés par l’Algérie pour la lutte contre la Covid-19. « Face à la pandémie, les crédits de fonctionnement du secteur de la santé ont connu une hausse de 40% de 2020 à 2023, dont 89,54% sont destinés à la lutte contre la pandémie de la Covid-19. Aussi, des chapitres budgétaires dédiés spécifiquement aux risques sanitaires potentiels ont été créés ».
La contribution de l’État à la lutte contre le Covid-19 a atteint environ 90 milliards de DA en 2021 (692 millions de dollars). Pour l’Institut Pasteur d’Algérie, le financement pour l’acquisition des vaccins est passé de 1,49 milliard de DA à 38 milliards de DA en 2021, puis est retombé à 2,2 milliards de DA en 2022, soit un total de 41,7 milliards de DA (320 millions de dollars). La Pharmacie centrale des hôpitaux a reçu 11 milliards de DA en 2020 (84,6 millions de dollars) pour l’achat de médicaments et produits médicaux.
D’autres ministères ont également contribué. Le ministère de l’agriculture a alloué 292 millions de DA en 2022 pour la surveillance des risques sanitaires vétérinaires via l’INMV, tandis que le ministère de l’intérieur et des collectivités locales a dépensé 10,842 milliards de DA (76 millions de dollars) pour la quarantaine préventive des citoyens revenant de l’étranger entre 2020 et 2022. Au total, l’Algérie a consacré plus de 153,5 milliards de DA (près de 1,2 milliard de dollars) à la lutte contre la Covid-19 sur cette période.
Hors pandémie, le budget de fonctionnement du ministère de la santé est passé de 470 milliards de DA en 2020 à plus de 642 milliards de DA en 2022, la plus grande part (75%) étant destinée aux établissements de santé tels que les CHU, EPH, EHS, EPSP ainsi qu’aux établissements de soutien. « La contribution de l’Etat à l’Institut Pasteur est passée de 25 Milliards de DA en 2020 à 14,5 milliards de DA en 2021 et à 17 milliards de DA en 2022. Pour la PCH, l’Etat a accordé une enveloppe évaluée, chaque année, à environ 53 milliards de DA entre 2020, 2021 et 2022 ».
Les 36 organismes de sécurité sociale ont aussi augmenté leur contribution, passant de 16,5 milliards de DA en 1996 à 112 milliards de DA en 2022. Selon le rapport, « une réforme budgétaire, instituée par la loi organique n°18-15 du 2 septembre 2018 relative aux lois de finances, modifiée et complétée, a inclus, dans le cadre du budget programme, de nouveaux mécanismes visant à renforcer les systèmes de prévision et de prévention ». Le programme de « prévention des soins » regroupe l’ensemble des crédits liés à la prévention des maladies transmissibles et non transmissibles.
Plan national anticancer : moyens mobilisés mais résultats limités
La Cour des comptes a évalué la mise en œuvre du Plan national anticancer (PNC), qui concerne 60 000 nouveaux cas chaque année. Entre 2015 et 2019, le suivi du plan a montré que l’État a mobilisé « d’importants moyens » en termes de « financement, ressources humaines et d’équipements nécessaires à la lutte contre le cancer ».
Pourtant, « des progrès qui restent, néanmoins, en deçà des mesures énoncées dans le PNC, surtout en matière de développement du dépistage organisé, de normalisation et de modernisation des structures de diagnostic et d’amélioration de la chaîne de soins dans son ensemble ».
L’absence d’évaluation financière des mesures limite également la vérification de l’efficacité des fonds. Selon le rapport, l’Algérie a mobilisé 300 milliards de DA (2,3 milliards de dollars) pour le PNC, mais « l’estimation avancée de 300 milliards de DA (2,3 milliards de dollars au taux de change actuel) pour 2015-2019, sans fondement précis, ne permet pas d’évaluer correctement l’exécution financière du plan ni d’identifier les écarts entre prévisions et réalisations ».
Les budgets de fonctionnement de certains établissements ont été augmentés, par exemple pour les services d’oncologie de 56 établissements, de 30,780 milliards de DA en 2016 à 33,44 milliards de DA en 2017, et les services d’hématologie de 15,39 milliards de DA en 2016 à 16,72 milliards de DA en 2017.
Le rapport relève des difficultés liées au manque de personnel. Les contrôleurs notent « l’insuffisance des postes budgétaires accordés par rapport aux besoins exprimés, des difficultés de pourvoir les postes vacants, faute de disponibilité de candidats répondant aux exigences des postes prévus ». Le CPMC d’Alger et le CLCC de Sétif couvrent en moyenne seulement 60% de leurs besoins entre 2015 et 2022.
En 2023, le CLCC Adrar a un besoin de 81 postes paramédicaux, El Oued de 110 postes tous corps confondus, et Oran ne dispose que d’un radiologue pour les services de radiothérapie et de dépistage. Le rythme des recrutements ne compense pas les départs, maintenant un sous-effectif chronique.
La mise en service des CLCC reste incomplète, avec des services essentiels partiellement ou totalement non opérationnels. Concernant le dépistage, le rapport note que « le dépistage n’a pas atteint ses objectifs, en raison principalement de l’absence d’une identification correcte des populations cibles et d’une mobilisation efficace des ressources humaines, financières et matérielles ainsi que du manque de personnel formé et de réseaux pluridisciplinaires solides de sa mise en œuvre ».
Les délais pour la radiothérapie restent élevés, malgré l’ouverture de nouveaux centres. « C’est ainsi que les délais de rendez-vous (RDV) de la radiothérapie sont toujours en deçà des besoins. Au CPMC, les délais de RDV, selon les responsables, dépassent généralement les six mois ».






